D’un côté, l’Europe est le principal client des ressources naturelles (gaz, pétrole, métaux) russes et par conséquent le principal pourvoyeur du budget russe. L’Europe est le principal partenaire de la Russie avec 244 milliards d’euros d’échanges bilatéraux en 2010, soit 45,8% de son commerce international. Des échanges qui ont crû de plus de 30% l’année dernière.

De l’autre, Moscou observe avec méfiance l’élargissement de la zone euro, qui va de pair avec son influence politique. Et le Kremlin de profiter des difficultés actuelles de la zone euro pour exiger des concessions, notamment en accordant davantage de poids au Fonds monétaire international.

Medvedev très inquiet

Chez le président russe Dmitri Medvedev, l’angoisse prédomine cependant. Il a déclaré que la réduction du nombre de pays de la zone euro pourrait causer «des dommages irréparables». «Nous sommes des fans de l’euro et de l’économie européenne», a-t-il même souligné le 12 novembre dernier. L’exposition à l’euro est d’autant plus forte que 45% des 500 milliards de dollars de réserves de la banque centrale russe sont justement libellés dans la devise européenne. Le président russe a réitéré à plusieurs reprises qu’il était prêt à accorder une aide financière à l’Europe, de préférence à travers le FMI. Son conseiller économique Arkadi Dvorkovitch a évoqué la somme de 10 milliards de dollars.

Néanmoins, le premier ministre Vladimir Poutine, qui vient d’entrer en campagne pour la présidentielle, a laissé entendre autre chose en octobre: «Je ne pense pas que les pays des BRIC aient un rôle à jouer» dans une Europe victime «de son propre laxisme en matière de discipline financière».

Les troubles de la zone euro entraînent une grande nervosité à la bourse russe, qui a tendance à surréagir aux mauvaises nouvelles. Les banques russes souffrent déjà d’un début de crise des liquidités, accentué par le fait que les filiales russes de banques européennes envoient massivement leurs liquidités vers leurs maisons mères.

Les patrons confiants

Des experts restent optimistes. Angelina Genkel, analyste chez Alfa Bank, dresse la liste des avantages d’une issue positive du sommet européen: «La Russie attirera les liquidités mises sur les marchés financiers par les banques centrales. Le cours élevé du pétrole et le faible niveau d’endettement public joueront en sa faveur.»

Hors des cercles de la finance, le quotidien Vedomosti a mené son enquête en début de semaine et s’étonne de l’ingénuité des entrepreneurs russes: dans leur majorité, ils ne croient pas à l’effondrement de la zone euro et ne voient pas de récession se profiler à l’horizon.