Les actionnaires ont tenu leur promesse, fin du suspense. L'Etat belge et SAirGroup ont annoncé lundi qu'ils injecteront 250 millions (380 millions de francs) d'argent frais dans Sabena. Cette recapitalisation, que les deux principaux actionnaires avaient conditionnée à un accord du personnel concernant un programme d'économies radical, sauve la compagnie aérienne belge de la faillite. Elle n'assure pas pour autant la survie à long terme de l'entreprise, qui devra probablement se serrer la ceinture davantage pour renouer avec les bénéfices d'ici à deux ans, objectif que s'est fixé la direction.

Le conseil d'administration de Sabena, au sein duquel siègent cinq représentants de SAirGroup, le holding de Swissair, s'est réuni dans l'après-midi pour examiner le volet social du plan de restructuration Blue Sky lancé en octobre. Il a constaté à l'issue d'un examen minutieux que l'objectif de 52 millions d'euros (79 millions de francs) d'économies que la direction avait fixé aux 12 000 salariés de la compagnie avait été atteint. «Les employés et le management sont plutôt satisfaits de l'accord obtenu, cela n'a pas été facile», a reconnu Christoph Müller, président et CEO de Sabena.

Le personnel ayant consenti les efforts nécessaires pour redresser la barre de la compagnie qui a perdu l'an dernier plus de 300 millions de francs, les deux actionnaires procéderont, comme ils s'y étaient engagés, à une recapitalisation de 250 millions d'euros sur deux ans. L'Etat belge (50,5%) y contribuera pour 100 millions, la part de SAirGroup s'élevant à 150 millions. Cette injection de capital se fera par une souscription de certificats de participation au cours d'une assemblée générale des actionnaires prévue vendredi.

«C'est un premier pas du plan de restructuration de Sabena, permettant à la compagnie d'aller de l'avant, de consolider ses activités, de servir ses clients et de faire face à ses obligations financières», précise la société dans un communiqué. Ce ballon d'oxygène permet certes à Sabena de poursuivre ses activités, mais la compagnie n'est pas sortie des turbulences pour autant. Son président n'a pas manqué de le rappeler devant les journalistes accourus en masse. «Sabena quittera la salle des urgences vendredi (à l'issue de l'assemblée générale des actionnaires, n.d.l.r.), mais elle est toujours très très malade», a averti Christoph Müller.

Les deux actionnaires ont en tout cas décidé de garder le patient sous haute surveillance. L'Etat belge, qui a averti que cette recapitalisation serait la dernière, et SAirGroup ont clairement laissé entendre qu'ils n'investiront pas davantage dans une compagnie en déficit chronique. Le communiqué publié par Sabena affirme «qu'à long terme, les deux actionnaires pourraient réévaluer les termes de leur partenariat». Celui diffusé par SAirGroup est plus menaçant. «A moyen terme, précise-t-il, les deux actionnaires réévalueront les conditions de leur partenariat.»

Est-ce à dire que le groupe suisse envisagerait de ne plus prendre la majorité du capital de sa petite sœur belge? L'accord passé en avril 2000 prévoit que SAir entrera dans le capital de Sabena à hauteur de 85%, une fois que les accords bilatéraux entre la Suisse et l'Union européenne auront été ratifiés. La réévaluation de ses participations à laquelle procède actuellement le holding suisse, qui traverse lui aussi une crise financière, changera-t-il la donne? Christoph Müller se veut rassurant. «L'accord d'avril 2000 permet à SAirGroup de prendre la majorité du capital, cela se fera une fois les accords bilatéraux ratifiés», assure le président de Sabena.

SAirGroup tiendra-t-il sa promesse? Rien ne permet de l'affirmer aujourd'hui. Seule certitude à ce stade: Sabena n'est pas au bout de ses peines. A terme, le transporteur belge devra réduire davantage ses coûts pour survivre dans un environnement fortement concurrentiel. Le feuilleton Sabena est loin d'être terminé.