Une page s'est tournée, ce jeudi à Sabena. Les actionnaires de la compagnie aérienne, l'Etat belge (50,5%) et le groupe Swissair (49,5%), ont remplacé l'intégralité du conseil d'administration dont le mandat venait à échéance le 26 avril. De douze, le nombre des administrateurs est passé à neuf. On attend d'eux des idées neuves, indiquait-on hier de source gouvernementale belge. Leur nouveau président, Ferdinand Chaffart, est un ancien banquier, qui avait été désigné «manager de crise» par le gouvernement belge au moment de la crise de la dioxine, en 1999.

C'est en effet bien d'un tel manager que la compagnie a besoin. Ses pertes nettes s'élèvent à 13 milliards de francs belges pour l'année dernière (500 millions de francs suisses) contre 563 millions en 1999, a-t-on indiqué au cours de l'assemblée générale. Christophe Müller, ancien PDG et désormais administrateur délégué de Sabena a par ailleurs indiqué qu'un plan financier portant sur la période 2002-2004 serait prochainement présenté au conseil d'administration et aux actionnaires de la compagnie. Selon Müller, Sabena pourrait renouer avec la rentabilité.

Le grand nettoyage avait été préparé par les principaux ministres du gouvernement belge, réunis en conseil restreint jeudi matin. L'assemblée générale qui s'est réunie vers 11 heures s'est donc vu proposer la nomination d'un nouveau conseil d'administration réduit à neuf membres – cinq Belges et quatre Suisses.

Ferdinand Chaffart, que tout le monde appelle «Fred» a accepté d'en être le président. Futur président du groupe holding Gevaert, Chaffart est l'ancien président du conseil de direction et du conseil d'administration de la Générale de Banque, ex-première banque belge, aujourd'hui fondue dans le groupe de banque et d'assurance belgo-néerlandais Fortis.

Cet Anversois de 65 ans, formé chez Procter & Gamble, a également occupé des fonctions dirigeantes aux Raffineries tirlemontoises, un groupe sucrier racheté, ainsi qu'aux Cimenteries belges réunies (CBR). Pour la petite histoire, il a aussi été président de Toerisme Vlaanderen, l'office du tourisme flamand.

En 1998, le quotidien Le Soir décrivait le nouveau président du CA de la Sabena comme un «homme, qui n'a rien d'un tendre, […] aux opinions tranchées, parfois brutales» connu «pour souffrir peu la contradiction». Il est vrai que son départ de la Générale de Banque s'était passé dans des conditions agitées. Il avait dû démissionner de son poste, en juin 1998, après s'être opposé à la création de Fortis, préférant appuyer la fusion de son entreprise avec la banque néerlandaise ABN-Amro. En 1999, Chaffart était désigné «manager de crise» par le gouvernement belge, au beau milieu de la crise de la dioxine. Un poste qu'il n'occupa que quelques mois.

C'est un peu le même rôle qui l'attend à la tête du CA de Sabena où il est chargé d'une mission d'expertise financière de la compagnie, tandis que celle de Christophe Müller restera d'ordre opérationnel.

Du côté belge, les autres sièges du CA ont été pourvus avec le souci – classique ici – de l'expertise et des affinités politiques. Les nouveaux administrateurs sont des techniciens très politiques – et inversement. On y retrouve un inspecteur des Finances, par ailleurs chef de cabinet d'un ministre wallon, l'administrateur-délégué d'Adecco, un responsable de la compagnie belge de charter Sobelair et un dirigeant d'un grand groupe financier flamand.

Le nouveau conseil a reçu l'aval de l'assemblée générale de Sabena. Celle-ci a par ailleurs accordé la décharge aux anciens administrateurs, à l'exception des deux Suisses, Paul Reutlinger, patron de la compagnie jusqu'en 2000, et Philippe Bruggisser, ancien responsable de SAirGroup. L'assemblée a refusé de leur accorder la décharge pour l'année 2000, compte tenu qu'en Suisse, une décision analogue a été prise en attendant les résultats d'un audit.