Quelle mouche a bien pu piquer les membres du service de communication du président? Du président Hollande évidemment. Comment ont-ils pu décemment croire que celui-ci pourrait remettre au prince héritier saoudien – connu pour son goût pour les armes «made in France» bien davantage que pour son amour des droits de l’Homme – la Légion d’honneur en toute discrétion?

Ont-ils vraiment pu imaginer une seule seconde qu’il pourrait s’éclipser une petite heure dans un salon de l’Elysée, le temps d’accrocher la médaille à son invité gênant, et revenir ni vu ni connu aux affaires dignes d’être citées au journal de 20 heures?

Les «spin doctors», comme on les appelle dans le jargon, ceux qui sont censés gérer l’image de nos nos femmes et de nos hommes politiques, m’étonneront toujours. Et pas seulement ceux qui officient du côté de la Berne fédérale.

C’est donc emprunt au questionnement, lundi matin, que je suis retourné à mes affaires courantes. Aux résultats annuels de plusieurs banques privées en l’occurrence. Effroi (ok j’en rajoute un peu). A mesure que je me plonge dans les communiqués de presse, je redécouvre (comme chaque semestre environ) que des spin doctors sont là aussi à l’œuvre. Et que si les hausses du bénéfice, aussi insignifiantes soit-elles, sont allègrement mises en lumière, les masses sous gestion qui reculent de 1% ou 2% équivalent tout à coup sous leurs plumes, comme par miracle, à de «la stabilité».

«Non Monsieur!», me dis-je alors en mon for intérieur en pensant à la semonce que passerait Marc Rosset au commentateur sportif qui aurait confondu un revers lifté avec un revers chopé. Une baisse reste une baisse, peu importent les circonstances atténuantes.

Je me mets alors à rêver d’un monde meilleur. Un monde où nos dirigeants, politiques ou économiques, assumeraient pleinement leurs actes et les résultats de leurs actes, que ce soit la remise d’une médaille à un dirigeant peu recommandable ou une baisse, même infime, de la masse sous gestion. Je pense alors à l’équipe de Johann Schneider-Ammann qui n’a pas hésité à l’envoyer au casse-pipe pour nous parler – ainsi qu’au reste du monde – de «clowns» et de thérapie. Et je me dis qu’eux, au moins, ont eu le mérite de nous faire rire, même si ce n’était pas volontaire.