HEDGE FUNDS

Sagio, une boutique genevoise qui se bâtit un nom aux Etats-Unis

Frais émoulus de l'université, Juan Sartori et Gualtiero Giori ont lancé leur fonds dans la Cité de Calvin en 2003. Avec un succès qui porte leur notoriété jusqu'à l'étranger.

C'est une jolie histoire genevoise. Celle d'une amitié fondée sur une passion commune pour la finance, doublée d'un solide esprit entrepreneurial. «Nous nous sommes rencontrés il y a une dizaine d'années sur un terrain de foot de Genève avant de commencer à échanger des livres de finance», relate Juan Sartori, fondateur avec Gualtiero Giori de Sagio Investments. Le projet de lancer cette société de gestion, qui occupe un lumineux bureau cours de Rive, est né en 2002.

A l'époque, les deux compères quittent tout juste les bancs de l'université: HEC Lausanne et Harvard pour le premier, la Bocconi de Milan pour le second. «A la fin de nos études, nous gérions 200000 dollars pour des amis», indique Juan Sartori. La suite coulait de source. «Nous voulions monter notre propre fonds à Genève où se concentre tout l'argent du monde.» Las, à 22 et 23 ans, l'ambition et les contacts ne suffisent pas à convaincre les investisseurs. Ils devront se contenter de 2 millions de dollars pour lancer leur premier fonds, le «Sniper fund», en 2003. «Autant dire que, pour couvrir nos coûts, il nous fallait réaliser une bonne performance dès la première année», explique le gestionnaire. Mission accomplie. La réglementation suisse interdit de communiquer les performances, mais force est de constater que leur jeune âge n'a pas longtemps constitué un handicap. «En réalité il n'y a qu'un seul critère: la performance et le niveau du risque. Quand un fonds marche, les gens investissent.» Le succès a un prix et Juan Sartori concède d'interminables journées de travail. Car «le marché des hedge funds est hypercompétitif. Pas question de s'investir à moitié si l'on veut se maintenir au plus haut niveau.»

Le Sniper fund, maintenant fermé aux investisseurs, mise sur les petites capitalisations américaines par le biais d'une approche fondamentale. Un univers de quelque 4000 valeurs passées au crible pour aboutir à un portefeuille très concentré, d'une vingtaine de positions à l'achat («long») et à la vente («short»). «Côté long, nous menons une stratégie «activiste» qui consiste à prendre des parts de capital significatives, à faire des recommandations aux équipes dirigeantes et à tenir la position le temps que la vraie valeur de la société se reflète dans son cours.»

C'est ainsi qu'ils ont fait parler d'eux aux Etats-Unis en devenant l'an passé le deuxième plus gros actionnaire du fabricant d'ordinateurs de poche Palm. Un fait d'armes qui vaut aussi à Gualtiero Giori de figurer dans le palmarès des «30 meilleurs traders de moins de 30 ans» établi en juillet par le magazine Traders Monthly. Côté «short», Sagio fait son miel des «arnaques», ces sociétés «coquilles vides» qui pullulent sur le marché de gré à gré américain et qui finissent tôt ou tard par être radiées de la cote.

«Ce fonds est notre pépite», commente Juan Sartori. Mais, pour asseoir définitivement sa crédibilité auprès des institutionnels, Sagio s'est adjoint il y a deux ans l'expertise d'un vétéran italien du boom technologique. Un «long-short» sur grosses capitalisations est lancé. L'aventure se poursuit il y a un an sur le terrain systématique avec l'inauguration d'un fonds de trading sur devises basé sur le modèle de Michael Neundlinger, un expert de l'algorithme.

Et maintenant? «Le marché américain des small caps a été porteur depuis qu'ils ont lancé le Sniper fund. Sartori et Giori doivent encore faire leurs preuves dans toutes les conditions de marché», commente un observateur. Mais d'ajouter «quand d'autres se seraient contentés d'empocher les bénéfices, ils ont su investir et ouvrir un bureau d'analystes à New York [ndlr: 4 personnes dont Gualtiero Giori]», ce qui prouve qu'ils ont de la suite dans les idées.

Des idées, ils n'en manquent pas. «Nous avons encore plein de projets, comme celui de lancer un Sniper fund sur l'Europe avant la fin de l'année», s'emballe Juan Sartori. «Les fonds traditionnels sont dépassés. Un hedge fund, c'est un fonds de placement intelligent, capable d'engendrer plus de performance avec moins de risque. Nous n'en sommes qu'aux prémices de l'industrie les hedge funds, ils seront les fonds de placement de demain», prophétise le jeune homme, qui, depuis longtemps déjà, n'a plus rien du novice.

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