Les prévisions catastrophiques de General Motors (GM) pour le premier trimestre 2005, après un affaissement de 9,9% des ventes de voitures en janvier et février, ont déclenché la chute des dominos. Dura, fournisseur américain de systèmes de commandes de sièges et de portières monoblocs, réalise le quart de son chiffre d'affaires annuel de 2,4 milliards de dollars grâce à GM. Ses 16 000 collaborateurs tremblent. L'équipementier résiste mal à la forte pression sur les prix de vente de ses produits. Il ne pourra pas répercuter la hausse de 10% des coûts de son approvisionnement en divers métaux et plastiques. Une prévision de perte nette au premier trimestre vient d'être faite.

Les temps sont durs, très durs, pour les fournisseurs automobiles. Hier à Zurich, dans une salle feutrée de la Bourse, Daniel Hirschi, patron de Saia-Burgess, avait pourtant la moustache rieuse. L'entreprise fribourgeoise, dont les résultats dépendent à 54% de la santé du secteur automobile, surprend les analystes financiers. Les chiffres 2004 sont excellents, et, surtout, l'optimisme des prévisions 2005 tranche sur l'ambiance morose actuelle. «Je suis confiant. Nous n'avons aucune raison de changer notre objectif à moyen terme de marge EBITA supérieure à 10%», rétorque le patron à un analyste très sceptique. L'entreprise a réalisé une marge bénéficiaire de 8,3% l'an dernier, en progression de 0,4%. En cinq ans, la barre des 10% n'a été franchie qu'une seule fois, en l'an 2000. Quel est donc le secret de la confiance d'une forte croissance bénéficiaire dans un marché déprimé?

Une ou deux acquisitions?

Le directeur général garde sa sereine assurance. «Nous sommes équipés pour produire davantage dans les pays à faible coût de main-d'œuvre. Nous allons également augmenter la rentabilité des entreprises récemment rachetées. Et puis, une ou deux nouvelles acquisitions nous aideront peut-être à atteindre cet objectif.»

Saia-Burgess, contrairement à d'autres sociétés de la branche, bénéficie d'une situation privilégiée par sa forte position sur des marchés de niche, particulièrement les systèmes de réglage électronique de la climatisation des véhicules. «Dans l'automobile, nous pouvons nous permettre de dire non à un client qui veut casser les prix. Ce n'est pas le cas dans le domaine des interrupteurs pour l'industrie, où nous sommes un acteur trop petit.»

Saia-Burgess a réalisé 48% de son chiffre d'affaires (568,4 millions de francs en 2004, en hausse de 15,9%) en élaborant des produits sur mesure pour une cinquantaine de clients, parmi lesquels la plupart des grands constructeurs automobiles. Le groupe fribourgeois possède des usines en Hongrie, en Pologne, en République tchèque et en Chine. Il parvient ainsi à augmenter sa productivité et à baisser ses coûts de production, sans être acculé à répercuter sur ses clients la totalité de la hausse des prix de la matière première.

L'an dernier, le chiffre d'affaires réalisé en Asie a progressé de 56%, à 25,5 millions de francs, et va sans doute prochainement dépasser les ventes en Suisse (+17%, à 27,9 millions). En 2004, le nombre de collaborateurs a doublé en Chine (150 personnes), progressé de 23% en Hongrie (947), mais de 5% seulement en Suisse (590). En douze mois, le coût salarial par employé a diminué de 6,6%, en passant sous la barre des 50 000 francs par an. «Cette année, nous devrons être capables de maintenir nos prix de vente en réalisant un gain de productivité de 3 à 4% pour compenser, notamment, la hausse du prix des matières premières», explique Daniel Hirschi.

Sur la base d'un bénéfice d'exploitation (EBITA) en hausse de 22,2%, à 47,2 millions en 2004, et d'un bénéfice net en progression de 26,8%, à 26,3 millions, le groupe suisse pourra servir un dividende de 12.50 francs par action (+25%). Contrairement à GM ou Dura, ça roule pour elle et ses actionnaires.