Les Saint-Gallois ont voté en 1996 la privatisation partielle de leur Banque cantonale, fixant à 51% la quote-part minimale du canton. L'entrée en Bourse, plusieurs fois retardée, n'a eu lieu qu'en avril 2001, et la Banque Cantonale de Saint-Gall (BCSG) a eu beaucoup de chance en arrivant au dernier moment, juste avant que les marchés ne commencent à se dégrader. La question de savoir que faire du produit de la vente d'une partie des actions détenues par le canton ne se poserait d'ailleurs pas avec la même acuité aujourd'hui. La discussion porte sur l'affectation de 94 millions de francs et promet des débats animés lors de la prochaine session du Grand conseil saint-gallois à la fin de novembre.

«Une publicité positive»

Le titre, d'une valeur nominale de 100 francs, a pu être échangé pour 160 francs. Une opération dont se félicite ajourd'hui encore la Banque cantonale. «Cette publicité positive nous a fait du bien», déclare un porte-parole de l'établissement. Le titre de la BCSG a atteint entre-temps une moyenne de 182 francs. Le canton a retiré des quelque 37% du capital mis en vente la somme nette de 94,1 millions de francs. La loi de 1996 prévoyait d'affecter ce montant à des provisions pour les risques garantis par l'Etat. A peine la mise en Bourse achevée, le PDC saint-gallois arrivait toutefois avec une initiative populaire demandant que soit créée une fondation «Avenir du canton de Saint-Gall», qui serait alimentée par le produit de la vente et qui viserait à soutenir l'économie du canton, mais aussi des projets sociaux et culturels. Le gouvernement cantonal s'est montré favorable à cette idée, surtout qu'il vient de lancer un programme de promotion économique, mais souhaite la création d'un fonds, dont l'affectation serait déterminée en premier lieu par le pouvoir politique (Conseil d'Etat, voire parlement). Le gouvernement voit même plus loin et se déclare prêt à verser à ce fonds l'éventuel futur produit de la vente des participations de l'Etat dans ses centrales électriques. La commission préparatoire du Grand conseil saint-gallois ne l'entend pas de cette oreille et recommande de rejeter aussi bien l'initiative que la proposition du gouvernement.

Est-il judicieux à l'heure actuelle que le canton se passe de 94 millions comme réserves extraordinaires? «On ne peut pas éviter tout risque, mais le canton use encore de son influence pour inciter la Banque cantonale à une politique d'investissement prudente», répond Renato Resegatti, secrétaire général du Département saint-gallois des finances. «Mais c'est maintenant qu'il faut le faire, et miser sur le long terme. La fondation est un instrument de politique économique», réplique Lucrezia Meier-Schatz, présidente du PDC saint-gallois. Elle s'enflamme même lorsqu'on évoque la Banque Cantonale vaudoise: «Précisément, il est plus utile d'investir dans l'économie que de laisser ces fonds à la banque. Et de plus, la Banque Cantonale de Saint-Gall est en bonne santé.» Reste que l'idée de fondation, depuis la votation de septembre dernier, a une connotation plutôt négative.

L'affectation de cette somme unique créera dans tous les cas un précédent, alors que le gouvernement cantonal a le mandat de poursuivre le mouvement de privatisation de la Banque cantonale, avec la remise en question du principe de la garantie de l'Etat. Il se montre peu pressé de venir avec de nouvelles propositions. «Le Conseil d'Etat doit d'abord analyser les effets de l'entrée en Bourse, précise Renato Resegatti, mais il est fort probable qu'il propose des alternatives à la suppression complète de la garantie de l'Etat.» Au sein du parlement, une majorité se dessine qui estime que tant que l'Etat accorde sa garantie, il est prématuré de renoncer si facilement à 94 millions de francs.