Fin 1998, lorsque SAirGroup prend 49,9% de l'allemand LTU, bon nombre d'observateurs saluent une opération qui devait permettre à la compagnie helvétique de tisser un réseau intéressant sur l'un des plus grands marchés européens. L'enthousiasme retombe pourtant rapidement. Handicapée par un réseau de distribution trop petit, la société touristique allemande ne parvient pas à remplir ses 35 avions. L'an dernier, le voyagiste d'outre-Rhin a ainsi enregistré une perte de 250 millions de deutsche Mark (200 millions de francs). Cette année SAirGroup devrait de plus investir 140 millions de DM dans un programme de restructuration qui pourrait occasionner la suppression de plus de 1000 emplois. Il y a peu, le patron de SAirGroup, Philippe Bruggisser, reconnaissait même que le plus gros de ses soucis venait de LTU.

Ces inquiétudes appartiennent peut-être au passé. Après l'échec des négociations avec le britannique Airtours, SAirGroup aurait enfin trouvé un partenaire de poids. Un accord serait sur le point d'être signé avec le géant allemand de la distribution ReWe, numéro huit de la branche touristique en Europe. «Les négociations sont très avancées et un accord pourrait intervenir avant la fin du mois», affirme Hans Klaus, le porte-parole de SAirGroup. Quelle forme prendra cet accord? Hans Klaus n'en dira pas plus pour l'instant. L'édition allemande du Financial Times affirme de son côté qu'un rapprochement des activités touristiques des deux groupes est envisageable. Selon la SonntagsZeitung, ReWe devrait reprendre les parts que détiennent la famille Conle (39,9%) et la Westdeutsche Landesbank (10%), dans LTU. Pour des raisons juridiques qui empêchent SAirGroup de prendre le contrôle de la société de charters allemande, ReWe s'emparerait de la majorité du capital. Quelle part SAirGroup conserverait dans LTU? Une réponse pourrait être apportée mardi à l'occasion de la conférence de presse semestrielle de SAirGroup, dont les résultats s'annoncent décevants. Une chose est sûre, Rewe, numéro deux de la distribution en Allemagne, apportera à LTU le réseau vente qui lui fait si cruellement défaut. Ensemble, les deux partenaires pourront peut-être «colmater le puits sans fond», dont parlait Philippe Bruggisser.

L'an dernier, ReWe a réalisé un chiffre d'affaires de 67 milliards de DM. Pour compenser le tassement des affaires dans la distribution, le groupe cherche de nouveaux débouchés, notamment dans l'industrie touristique, qui devrait croître de 7% par an, jusqu'en 2020. En rachetant l'an dernier Deutsches Reisebüro, la filiale des Deutsche Bahn, Rewe s'est installé au quatrième rang du classement des voyagistes allemands, juste derrière LTU. Un secteur dans lequel son chiffre d'affaires atteint 3,4 milliards de DM.

Entrée en Bourse envisagée

Une entrée en Bourse de la division touristique du groupe serait envisagée. C'est en tout cas ce que déclarait récemment au magazine FVW International, le patron de ReWe, Hans Reischl. Quelle sera la place de LTU dans cette opération? Impossible de le dire. Quoi qu'il en soit, le redressement de LTU ne sera pas chose aisée, puisque sur le marché allemand la bataille que se livrent les voyagistes exerce une pression sur les marges. Le géant britannique Airtours, qui vient de racheter Frosch Touristik (FTi), en sait quelque chose puisque FTi est également dans les chiffres rouges. Pour l'exercice en cours, ses pertes devraient dépasser les 200 millions de francs.