Tombée avec surprise la semaine dernière, la nouvelle du départ de Philippe Bruggisser de la direction opérationnelle de SAirGroup a réveillé certains espoirs romands. Et plus généralement les intérêts laissés dans l'ombre par la stratégie de l'ancien patron du groupe aérien. Son remplacement, à titre intérimaire, par Eric Honegger, donne l'occasion aux divers cercles concernés d'avancer leurs pions. Et des noms de prétendants. Mais la fonction de responsable opérationnel (CEO) est loin d'être la seule concernée. C'est aussi la composition du conseil d'administration qui est en point de mire. De nouveaux noms sont ainsi mis en avant.

En Suisse alémanique, plusieurs voix évoquent en tant que futur directeur du groupe aérien la personnalité de Andreas G. Schmid, président de Unique Airport, ainsi que de Barry Caillebaut. Des voix dont s'est fait l'écho le magazine économique Cash. Ce dernier propose en effet dans sa dernière édition la nomination de nouveaux administrateurs. En particulier celle du directeur de l'Aéroport de Genève, Jean-Pierre Jobin. En lieu et place des deux administrateurs romands actuels: Paul-Antoine Haefliger, président lausannois du Comptoir Suisse, et le banquier privé genevois Bénédict Hentsch. Jean-Pierre Jobin affirme pour sa part n'avoir pas été approché par SAirGroup. «Sans compter que l'exploitation d'un aéroport et celle d'une compagnie aérienne sont deux métiers bien différents. Mais une telle proposition, si elle m'était faite, mériterait réflexion», estime Jean-Pierre Jobin.

Analyste financier et bon connaisseur de SAirGroup auprès de la Deutsche Bank à Zurich, Thomas Della-Casa réagit d'abord favorablement à une éventuelle nomination du président de l'aéroport de Zurich à la direction opérationnelle de SAirGroup, «car le lien avec Swissair est vital pour l'aéroport de Zurich». Une réaction qui témoigne du lien quasi indissociable qui – dans l'esprit des milieux économiques de la Limmat – unit Swissair et l'aéroport zurichois. Mais ce choix serait-il aussi favorable à SAirGroup? Là, l'analyste zurichois se ravise et insiste – logiquement – sur les qualités de restructurateur requises chez le futur patron de SAirGroup. «Car il est impératif de réduire les participations de Qualiflyer en France et dans Sabena. Le problème, c'est que ces compagnies n'intéresseront personne.»

Si Lukas Mühleman, patron du Credit Suisse Group, Thomas Schmidheiny, celui de Holderbank, et Mario Corti, responsable financier de Nestlé, gardent les faveurs pour conserver leurs sièges d'administrateurs de SAirGroup, Thomas Della-Casa considère que ces personnalités ne peuvent consacrer tout le temps nécessaire à leurs mandats. Parmi les administrateurs de SAirGroup à remplacer, le magazine alémanique fait aussi tomber le couperet sur Andres Leuenberger (Roche), Gaudenz Staehlin (Bâloise, Barry Caillebaut), Gerhard Fischer (Panalpina, La Poste) ainsi que Vreni Spoerry (Credit Suisse Group, Nestlé).

S'agissant des personnalités proposées pour les remplacer, sont avancés les noms du conseiller municipal zurichois Elmar Lederberger (pour les questions liées aux nuisances sonores), de Donald J. Carty (responsable de American Airlines), de Hans Reischl (chef du géant touristique allemand Rewe), de Thomas Knecht (patron de McKinsey Suisse), ainsi que du professeur de droit Peter Forstmoser. Des noms qui sont loin de faire l'unanimité chez les analystes, à l'affût d'un restructurateur pour redonner des couleurs à l'action SAirGroup.

Un spécialiste du voyage sur les rangs?

Parmi les autres personnalités citées ici ou là, apparaît aussi Hans Lerch, le patron de Kuoni qui, en aparté, s'est parfois exprimé de manière critique sur la stratégie de la compagnie aérienne. C'est une option que privilégie par exemple Britta Simon, de la Banque Sarasin à Bâle. Sans mettre en cause la stratégie suivie par Philippe Bruggisser mais uniquement son application, l'analyste de la banque bâloise se déclare très favorable à la venue d'un spécialiste du voyage. «Hans Lerch n'est cependant pas disposé à quitter son poste actuel», fait-il savoir par le biais de Regula Weyermann, porte-parole de Kuoni.