«Sabena existe encore.» Il est un peu plus de 18 heures, hier soir. Le président du conseil d'administration, Valère Croes, annonce la nouvelle à une partie des 11 200 salariés de l'entreprise, massés dans un grand hôtel proche de l'aéroport de Bruxelles. Les deux actionnaires, l'Etat belge (50,5%) et SAirGroup (49,5%), viennent de décider la poursuite des activités de la compagnie aérienne belge, au bord de la faillite. A l'extérieur du bâtiment, les représentants des syndicats poussent un immense «ouaaah». Le soulagement est général, après une semaine et quelques nuits blanches de négociations acharnées entre direction et personnel.

L'assemblée générale extraordinaire des actionnaires, convoquée en raison de la situation financière catastrophique de l'entreprise, avait trois alternatives: prononcer la faillite, donner une nouvelle chance à la compagnie ou retarder de quelques jours sa recapitalisation dans l'espoir de convaincre le personnel de souscrire pleinement au plan de restructuration. C'est la troisième option qui l'a emporté.

«Les actionnaires ont décidé sur proposition du conseil d'administration de poursuivre les activités. Sabena existe donc encore», a déclaré Valère Croes. Le président du conseil d'administration (où siègent cinq représentants de SAirGroup, la maison mère de Swissair) s'est dit «optimiste» sur les chances de trouver un accord avec le personnel sur le volet social du plan d'assainissement de la compagnie.

Les actionnaires mettent cependant la pression. Ils devaient confirmer jeudi leur accord de principe à une recapitalisation de 250 millions d'euros (380 millions de francs) pour faire de Sabena une entreprise rentable d'ici à deux ans. Or, à la surprise générale, la décision a été reportée au 23 février, date à laquelle une nouvelle assemblée générale se penchera sur cette injection de capital. L'Etat belge a promis le mois dernier d'y contribuer à hauteur de 100 millions d'euros. SAirGroup mettra 150 millions dans la corbeille, auxquels viendront s'ajouter 150 autres millions pour le rachat de certaines filiales (maintenance, restauration à bord, cargo et manutention des bagages) de son partenaire belge.

Sabena n'a donc obtenu dans l'immédiat qu'un ballon d'oxygène. Car les actionnaires exigent toujours un soutien sans faille du personnel au plan de restructuration Blue Sky. Lancé en octobre dernier, il doit permettre de réaliser des économies pour un total de 350 millions d'euros, dont 52 millions grâce à des mesures sociales (suppression de 600 à 700 postes, augmentation de la productivité…) C'est là que le bât blesse, les syndicats exigeant des garanties pour l'emploi.

La direction affirme qu'un accord ferme a été réalisé sur 27,5 millions d'euros. Ce qui fait dire à Patrick du Bois, numéro deux de la compagnie, que «nous avons parcouru grosso modo 50% du chemin». Le ton est moins enthousiaste côté suisse. Le patron ad interim de SAirGroup, Eric Honnegger, a confirmé qu'il ne transigerait pas. «Notre position reste la même: il doit y avoir un accord complet des pilotes et des syndicats au plan de restructuration», a averti le successeur de Philippe Bruggisser. Et de fustiger les pilotes, dont l'engagement «ne nous satisfait pas encore».

Chiffres rouges

C'est dire que l'échéance du 27 février a tout d'un nouvel ultimatum. Tant l'Etat belge que SAirGroup ne mettront pas la main à la poche si le personnel ne consent pas lui aussi à se serrer la ceinture. C'est le prix à payer pour la survie de l'entreprise. En dépit d'une augmentation du trafic de 9,7% l'an dernier (10,9 millions de passagers transportés), Sabena s'enfonce en effet dans les chiffres rouges. L'Echo, le quotidien belge des affaires en général bien informé, écrivait jeudi que le déficit a atteint l'an dernier 225 millions de francs, alors que l'on articulait jusqu'ici le chiffre de 320 millions.