Les dés sont jetés. Le gouvernement belge a confirmé mercredi la poursuite de la privatisation de Sabena en autorisant SAirGroup, le holding qui chapeaute Swissair, à prendre le contrôle de la compagnie belge. La participation de SAirGroup dans le capital de Sabena passera de 49,5 à 85 %, l'Etat belge devenant en échange le premier actionnaire de SAirGroup, avec 3,3 % de ses actions.

L'heure était à la satisfaction à Sabena House, le QG de Sabena à Bruxelles. Les négociations, en cours depuis plusieurs mois, se sont achevées tard dans la nuit. Les participants à la conférence de presse convoquée à la hâte affichent néanmoins des mines réjouies. Il y a là Rik Daems, ministre belge des Entreprises publiques, Paul Reutlinger, patron - suisse - de Sabena. Mais aussi Hannes Goetz et Eric Honegger qui, hasard du calendrier, lui succède aujourd'hui à la tête du conseil d'administration de SAirGroup. Un «grand jour» donc pour Hannes Goetz, qui avait déjà négocié l'entrée de Swissair dans le capital de Sabena il y a cinq ans.

L'accord conclu hier revêt une toute autre signification. L'Etat belge n'est désormais plus l'actionnaire majoritaire de Sabena. «L'accord a été confirmé par le gouvernement, il a été approuvé à l'unanimité par le conseil d'administration de Sabena», souligne d'entrée de jeu Rik Daems. Même les puissants syndicats n'y ont pas vu «la moindre objection», insiste-t-il, pour rassurer les 12 300 employés de Sabena, qui obtiennent chacun deux actions de SAirGroup. «La marque de la compagnie est conservée, Sabena va se développer à Bruxelles», renchérit le ministre belge. Et d'assurer, le regard tourné vers Paul Reutlinger, que le projet débouchera sur des synergies «en dizaine de millions d'euros». Le directeur de Sabena acquiesse de la tête.

Opération en trois étapes

Très soucieux lui aussi d'apaiser les craintes du personnel que la nouvelle donne inquiète, Hannes Goetz enchaîne sur le même ton. Depuis l'arrivée de Swissair, le nombre de passagers transportés par Sabena a doublé, atteignant dix millions l'an dernier. Ses destinations sont passées de 82 à 110 (+34 %), et «c'est une compagnie disposant de l'une des flottes les plus modernes». Pas un mot en revanche sur la perte nette de 14 millions d'euros (22 millions de francs) essuyée l'an dernier. Le président du conseil d'administration de SAirGroup préfère mettre en exergue la force du tandem belgo-suisse, «qui nous rend encore plus attractif pour un partenaire asiatique».

L'opération, arrosée par une coupe de champagne face aux caméras de télévision, se fera en trois étapes, sans qu'un seul franc ne soit versé dans les caisses du Royaume. Un prêt de 4 milliards de FB (165 millions de francs) consenti en 1995 par Swissair à la Belgique sera échangé contre un paquet d'actions, permettant à SAirGroup de monter à hauteur de 62,5 % dans le capital de Sabena. Cette participation sera portée à 85% dans un deuxième temps, l'Etat belge obtenant en échange 3,3 % des actions de SAirGroup. La Belgique devient ainsi le premier actionnaire du groupe suisse, devant la Confédération (3,2 %)! Dans l'immédiat, la Belgique conserve donc 15 % du capital de Sabena. Aux yeux de Rik Daems, «c'est important pour le personnel de l'entreprise et l'opinion publique belge». Mais ce n'est que partie remise. «Il est tout à fait évident, enchaîne-t-il, que nous allons chercher des entreprises susceptibles de reprendre nos parts». Cette ultime étape permettra à l'Etat belge d'accroître à 5,5 % sa participation dans SAirGroup, qui sollicitera son introduction sur Euronext, le marché issu de la fusion des Bourses de Paris, Amsterdam et Bruxelles.

Avec le projet AMP (Airline Management Partnership) de gestion commune des deux compagnies qui se met en place, ce nouveau rapprochement permettra à Swissair et Sabena de développer leur plate-forme (hub) respectif à Zürich et Bruxelles. «Nous savons parfaitement où nous allons», assure Rik Daems, en rappelant que toute décision stratégique «exigera l'accord des deux parties». L'Etat belge aura d'ailleurs le droit de nommer le vice-président du conseil d'administration de SAirGroup, ainsi que le président du board de Sabena, où il disposera de deux administrateurs au moins.

L'opération sera finalisée d'ici un an au plus tard. Elle est toutefois tributaire de l'acceptation par la Suisse des accords bilatéraux avec l'Europe. Optimiste, Hannes Goetz veut croire que le «oui» l'emportera lors du référendum du 21 mai. Pour Rik Daems, l'affaire est entendue, et rien ne peut plus s'y opposer. «La nature de cet accord, jure le ministre belge, restera telle quelle».