Une semaine à peine après la démission de Philippe Bruggisser, SAirGroup commence déjà à renverser la vapeur. Le groupe renonce à prendre une participation de 34% dans la compagnie aérienne portugaise TAP Air Portugal. C'est la première entaille dans sa stratégie, désormais remise fondamentalement en question, celle de prendre des participations dans des petites compagnies européennes.

Des experts estiment que depuis sa mise en place, elle aurait coûté 5 milliards de francs au groupe helvétique. Le renoncement de SAirGroup à TAP n'est pas une véritable surprise. On savait que SAirGroup n'avait toujours pas transmis son dossier de notification sur TAP à Bruxelles (lire Le Temps du 24 janvier), ce qui était déjà un signe avant-coureur de son désengagement.

D'autres suivront-ils prochainement? Peut-être. Les autres membres du groupe Qualiflyer (TAP Air Portugal, Turkish Airlines, la polonaise LOT, AOM, Air Littoral et Air Liberté, Air Europe, Volare, Crossair et Sabena) n'affichent pas des résultats financiers mirobolants.

L'année dernière, le déficit de TAP atteignait 166 millions de francs. Il y a quelques mois, la compagnie a dû recourir à un emprunt d'urgence d'environ 61 millions de francs. La décision tombe donc à un mauvais moment pour la compagnie portugaise. Même si le ministre des Transports, Joao Coehlo, a discuté avec le président et directeur général ad interim de SAirGroup, Eric Honegger, «dans un climat de confiance». C'est par un communiqué envoyé jeudi soir par SAirGroup que l'annonce du désengagement a été faite. D'entente avec l'Etat portugais, SAirGroup a décidé de «se retirer du processus de privatisation de TAP», indiquait succinctement le communiqué. Une collaboration commerciale avec TAP sera toutefois maintenue et la compagnie portugaise reste pour le moment membre de Qualiflyer Group. Le retrait de SAirGroup risque bien de ralentir la privatisation de TAP, prévue entre 2001 et 2006.

Toujours dans son communiqué, le groupe helvétique assure qu'il «garantira les besoins financés à court terme de la compagnie portugaise. Cette garantie permettra de compenser les éventuels engagements découlant du retrait de SAirGroup du processus de privatisation». Selon des spécialistes, ce montant serait de l'ordre d'une cinquantaine de millions de francs.