La banque d'affaires allemande Sal. Oppenheim fait une entrée remarquée sur le marché suisse. Depuis une année, elle se positionne comme un nouveau spécialiste en actions helvétiques, aux côtés d'Helvea, Vontobel, Julius Bär, Sarasin. Le numéro un du marché, Lombard Odier Darier Hentsch & Cie (LODH), a quant à lui vendu sa banque d'affaires à Vontobel il y a quelques semaines.

Aujourd'hui, Sal. Oppenheim s'affirme sur le marché suisse avec un style propre, axé sur la recherche fondamentale, le conseil actif et les idées de trading. Stefan Kremeth, responsable du «Sales Trading», et Paolo Bozzo, conseiller en actions auprès des hedge funds londoniens - dont certains se sont illustrés cette année par leur activisme sur le marché helvétique - livrent au Temps leurs avis sur les titres ayant un fort potentiel d'appréciation dans le court terme. A noter cependant que ces idées ne correspondent pas forcément avec les avis de la recherche fondamentale de Sal. Oppenheim.

Au chapitre des très bonnes affaires, l'entreprise zurichoise Micronas figure en tête de leur liste. Stefan Kremeth voit l'action gagner 10% d'ici la fin de l'année, et 73% sur 18 mois (à 45 francs). Paolo Bozzo explique que «le marché est très pessimiste sur cette valeur, suite aux quatre avertissements sur bénéfices consécutifs», mais que «désormais, les mauvaises nouvelles semblent être incluses dans le prix». Alors que la valeur est conseillée à la vente par 12 brokers sur 14, cette idée s'inscrit à contre-courant.

Opportunité sur Micronas

Si le quatrième trimestre risque d'être décevant, Paolo Bozzo estime que, «dès 2008, la société vaudra trois fois le ratio Valeur d'entreprise/EBITDA, contre un multiple actuel de huit». Il explique que le marché a une vue négative de Micronas car son activité de puces pour écrans plats LCD est faiblement valorisée et ses marges se retrouvent sous pression en raison de la multiplication des concurrents. Les perspectives de sa division de semi-conducteurs se sont en outre assombries avec le déclin continu des télévisions à tubes cathodiques. En revanche, l'activité des senseurs automobiles est mieux valorisée car elle connaît un taux de croissance à deux chiffres et bénéficie d'excellentes marges opérationnelles (autour des 25%). «Or il y a là une opportunité pour un fonds de private equity ou un hedge fund activiste, qui pourrait acheter tout ou partie du groupe et potentiellement vendre la division automobile pour environ 500 millions de francs», estime Paolo Bozzo.

Les investisseurs comme les hedge funds et autres activistes potentiels apprécieront au demeurant le fait que Micronas possède plus de 200 millions de francs en cash (pas de dette) et, à l'inverse de nombreuses sociétés suisses, n'impose pas de restrictions sur les droits de vote.

Autre conviction forte, mais dans la direction opposée: Ypsomed, que les deux brokers conseillent aux hedge funds de vendre à découvert. «Ce titre devrait valoir 60 francs» (soit 38% de moins que le niveau actuel). Cette société, qui vend des stylos d'injection d'insuline, a émis trois avertissements sur résultats cette année. Son marché est menacé. Elle dépendait pour 60% de ses ventes d'un unique client, Sanofi Aventis.

Garder les titres industriels

Désormais, ce dernier développe son propre produit, un stylo jetable, tout en diversifiant ses fournisseurs. En outre, Novo Nordisk développe des produits équivalents, sans compter les patches et autres agents oraux. Un inconvénient pour la stratégie short: il est difficile d'emprunter des actions en raison du flottant limité. «Ce qui explique que la valeur se traitera toujours un peu au-dessus de sa fair value», souligne Paolo Bozzo.

Tant que dure le trend haussier, Paolo Bozzo et Stefan Kremeth conseillent de garder des titres industriels «momentum» qu'ils jugent toujours attrayants, comme ABB, Georg Fischer, Sulzer, Belimo et Sika.