Votations

Le salaire minimum est clairement rejeté

Près de trois électeurs sur quatre ont dit non: le rejet est plus massif qu’attendu. Analyse

Les prévisions d’avant-vote créditaient l’initiative pour un salaire minimum d’un score de 30%. On s’achemine vers un rejet nettement plus massif de ce projet porté par les syndicats, le parti socialiste et les Verts. Les dernières projections de l’institut gfs font état d’un taux d’acceptation de 23%, alors que l’initiative est de toute manière rejetée puisqu’elle n’obtient pas la majorité des cantons.

Cet effondrement de l’idée d’imposer un salaire minimum généralisé en Suisse a été qualifié de «défaite de Waterloo» par Hans-Ulrich Bigler, directeur de l’Union suisse des arts et métiers (Usam), alors que Paul Rechsteiner, président de l’Union syndicale suisse (USS) a minimisé la défaite. Il a rappelé les récentes améliorations des conditions de rémunération dans les branches historiquement connues pour pratiquer des bas salaires. Cette évolution positive est due, selon lui, à la pression provoquée par la campagne de votation pour un salaire minimum mensuel de 4000 francs.

En matière économique la population suisse déteste les solutions trop radicales et une intervention trop forte de l’Etat dans la marche des entreprises. Elle l’a prouvé une nouvelle fois puisqu’aucun canton, même ceux habituellement favorables aux thèses syndicales, comme Neuchâtel, Jura, ou Bâle, n’a accepté un «Smic» helvétique. Pourtant Neuchâtel en a déjà adopté le principe au niveau cantonal, mais a sans doute refusé l’initiative syndicale car elle plaçait la barre trop haut. Beaucoup, y compris parmi les salariés disposant de salaires moyens à bas, ont jugé que ce montant aurait détérioré la capacité économique de plusieurs branches, et entraîné une augmentation du chômage.

Dans les scrutins à caractère économique, la population a toujours refusé des solutions extrêmes, comme l’initiative 1 :12 voulant limiter les écarts entre hauts et bas salaires, mais a accepté des interventions plus mesurées comme le droit conféré aux actionnaires de se prononcer sur les salaires des dirigeants des sociétés cotées en bourse (initiative Minder). La libéralisation des heures d’ouverture dans certaines stations-service a aussi facilement passé la rampe car il s’agissait surtout de lever certains obstacles bureaucratiques.

Cette ligne modérée a été fidèlement suivie dimanche, ce qui devrait rassurer ceux qui pensent que la Suisse pourrait se tirer une balle dans le pied en détériorant, avec la volonté populaire, les conditions cadres du pays.

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