Bonne nouvelle pour les employés. Pour la première fois depuis des années, les salaires réels ont davantage progressé que le renchérissement. Ils ont même avancé plus vite que la productivité horaire. Le retard pris par les salaires par rapport à l'augmentation de la richesse produite dans le pays s'est donc comblé, mais dans une modeste mesure seulement.

Le chiffre de la progression réelle des salaires publié mercredi par l'Office fédéral de la statistique (OFS) montre une hausse de 0,9% en 2007. C'est la première fois qu'elle s'inscrit pareillement à la hausse depuis 2003, où elle avait atteint 0,8%.

Cette tendance tient à deux raisons. La première a été l'augmentation marquée des salaires nominaux (c'est-à-dire non déduits des effets du renchérissement) de 1,6%, grâce à la santé éclatante de l'économie. La seconde raison a été le bas niveau de l'inflation l'an dernier, de 0,7% en moyenne, selon les calculs de l'OFS. L'écart entre les deux chiffres marque le gain net des salariés.

Le fait que ce gain soit même clairement supérieur à celui de la productivité s'explique par le jeu de l'offre et de la demande d'emploi. Avec un marché du travail proche de l'assèchement, la concurrence s'exacerbe entre entreprises désireuses de conserver leurs employés et d'en embaucher de nouveaux. Elles ont donc dû promettre des rémunérations supérieures, pour les secteurs les plus tendus, à l'augmentation de la richesse apportée par chaque travailleur en fonction de son temps de travail. En outre, cette progression s'est inscrite en baisse en 2007, à 0,4%, selon les chiffres de l'institut de recherches BAK à Bâle.

Primes et bonus exclus de la statistique

«Les salariés recueillent les fruits de leur travail. Pendant les années 1990, la productivité a progressé beaucoup plus vite que les salaires réels», explique Yves Flückiger, professeur d'économie politique à l'Université de Genève.

Tous les secteurs d'activité ne recueillent pas de manière égale les fruits de la croissance. Parmi les gagnants figurent les professions de la finance, avec des progressions réelles des salaires fixes de 1,5 à 1,8%. Et encore, la statistique ne tient pas compte de la part variable, dont les bonus et les primes. Les métiers de l'horlogerie et de la mécanique de précision progressent fortement eux aussi. A l'autre extrémité, les professions de l'alimentaire et du meuble voient leurs salaires réels continuer de baisser. De plus, les salaires réels des hommes ont progressé plus vite, 1%, que ceux des femmes, 0,8%.

Au plan macroéconomique, cette tendance encourage les consommateurs à dépenser davantage. «La hausse des prix ne devrait pas agir comme un frein significatif», prévoit Alexis Kürber, économiste au BAK.

Néanmoins, la progression des salaires réels ne devrait pas se poursuivre dans la même ampleur. La conjoncture promet d'être moins dynamique cette année, augurant un rythme d'embauches moins soutenu. La croissance nominale des salaires pourrait donc être inférieureà celle de l'an dernier. Enfin, le renchérissement est reparti à la hausse, ce qui entamera une part plus importante des augmentations de salaires nominales.