Les salaires des gérants d’actifs s’envolent

Finance Les rémunérations des gérants vont-elles bientôt dépasser celles des banquiers d’investissement? Le FMI s’inquiète des risques. En Suisse, à part quelques exceptions, le ton est différent

Le public adore décrier les banquiers d’investissement et leurs bonus stratosphériques. Mais un autre domaine de la finance va encore plus loin, plus haut, plus vite. La gestion d’actifs court en effet de record en record. Steve Cohen, de SAC Capital, a gagné 1,3 milliard de dollars l’an dernier, selon Forbes. Et ce n’est pas une star isolée. George Soros a obtenu 1,2 milliard.

A mille lieues des gourous de New York et de la City à Londres, la Suisse offre d’autres conditions. Les «junior managers» chargés d’un fonds de placement après avoir été analystes financiers se contentent de 120 000 à 150 000 francs et les salaires des gérants expérimentés avoisinent les 200 000 francs, selon divers professionnels suisses. Les meilleurs du secteur, ceux qui battent les indices et attirent les capitaux dans leur produit, peuvent gagner environ 400 000 francs. «Les rémunérations suisses restent bien en dessous de celles de Londres», fait valoir un consultant qui tient à rester anonyme. Les structures sont en effet très différentes.

Des exceptions sont possibles. La Suisse peut attirer des stars très bien payées. Le nouveau patron de GAM, Alexander Friedman, n’a-t-il pas un «package» de 15 millions de francs? Le montant en aura surpris plus d’un. Il s’explique par la reprise par GAM des rémunérations à long terme promises à cet ex-directeur des investissements d’UBS et qu’il aurait perçues s’il était resté en fonction. Un coût d’opportunité de 6 millions en quelque sorte. Et une opération légale. Sans le rachat de ces primes, sa rémunération y compris le système d’incitation à long terme atteint 8,9 millions de francs. Des gains à peine moins élevés que ceux de Paul Bulcke, patron de Nestlé.

En Suisse, la situation se distingue fortement de celle de Londres, où les salaires prennent l’ascenseur, pour plusieurs raisons. La consolidation, à l’image du rachat de Swisscanto, traduit avant tout un besoin d’économies et de rationalisation. La gestion, lorsqu’elle est active, s’éloigne peu des indices. Et les hedge funds n’y sont pas très nombreux. A Genève ou Zurich, la convergence avec la banque d’investissement n’est pas à l’ordre du jour.

Mais au plan global, New Financial constate que la baisse des revenus des banquiers d’investissement permet aux meilleurs gérants de fonds de se rapprocher d’eux. Le consultant prévoit même un changement de leadership dans les trois ans. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La rémunération des banquiers d’investissement a reculé de 27% depuis la crise, selon l’étude de New Financial portant sur 12 banques d’investissement et 18 gérants d’actifs, y compris les principaux acteurs suisses.

En 2014, la moyenne s’élève à 288 000 dollars dans la banque d’investissement et 263 000 dans la gestion de fonds.

La gestion d’actifs profite d’une solide croissance du volume d’affaires et d’une moindre volatilité du résultat que dans d’autres métiers de la finance. Sa progression est structurelle et devrait donc se poursuivre. «Le choix pris par Vontobel de reprendre un gérant d’actifs et non pas un gérant de fortune aux actifs douteux va dans ce sens. C’est la bonne nouvelle de la semaine», nous lance un banquier vendredi.

Croissance structurelle

Depuis 2006, les salaires sont en hausse d’un quart dans l’asset management, selon New Financial. La logique économique est respectée. La productivité s’est accrue dans ce segment. Depuis la crise, le salaire par employé (+60%) a augmenté nettement moins que le chiffre d’affaires et le bénéfice. Les actifs sous gestion ont crû deux fois plus vite que les rémunérations.

La montée en puissance des gérants d’actifs inquiète pourtant le FMI. Dans un rapport («Asset Bubbles»), Brad Jones, économiste au sein de l’organisation, demande l’intervention des régulateurs afin que les géants des fonds de placement soient déclarés «trop grands pour faire faillite». L’expansion de la gestion d’actifs se serait traduite par une plus grande instabilité des marchés, note le Financial Times. Le FMI suggère notamment une modification du mode de rémunération et l’absence de lien avec le volume d’actifs gérés.