Les rémunérations les plus généreuses versées aux grands patrons suisses – par exemple les 18 millions de francs du président de UBS Marcel Ospel – ne laissent pas d'alimenter des débats. Au regard de leurs confrères américains, nos dirigeants d'entreprises donnent pourtant l'impression d'être sous-payés, ainsi que le faisait remarquer George Sheldon, professeur à l'Université de Bâle, invité du mouvement de défense des actionnaires Pro-Aktionäre.

Et le spécialiste de souligner que sur la période 1999-2003, Larry Ellison, patron d'Oracle, a gagné près de 160 millions de dollars par an, le patron de Walt Disney, Michael D. Eisner, près de 143 millions et Michael Dell, fondateur et président de Dell Computer, plus de 100 millions. Pour l'expert, «la question est de savoir si ces montants correspondent à la rétribution de prestations ou s'ils sont prélevés arbitrairement».

Il faut bien constater que la relation entre le salaire du patron et la valeur de l'entreprise est faible. «Aux Etats-Unis, une baisse de la valeur boursière de 10 millions de dollars ne se traduit que par une réduction de 200 dollars des gages du patron, observe-t-il en se basant sur une analyse de 2001*. D'autant que les départs précipités motivés par un échec sont souvent assortis de «parachutes dorés».

Faut-il publier les rémunérations?

«Deux facteurs jouent un rôle clé pour réduire les abus et favoriser un meilleur gouvernement d'entreprise: un actionnariat concentré et la présence d'administrateurs indépendants», résume George Sheldon en se basant sur des études empiriques plus anciennes**. Ces dernières montrent en effet que la présence d'un gros actionnaire (plus de 5% du capital) dans une entreprise fait baisser la rémunération du patron. Cette réduction se trouve nettement renforcée si l'actionnaire influent siège au conseil d'administration.

La question de la divulgation des salaires est à double tranchant: «Elle a certes pour effet d'améliorer la transparence. Elle entraîne cependant un effet de compétition et de surenchère qui fait grimper les salaires des patrons», explique George Sheldon. Selon lui, le meilleur moyen d'éviter les abus est de lier la rémunération du CEO à sa prestation et à la valeur de l'entreprise.

* Bebchuk, L., Fried, D. Walker, «Executive Compensation in America» dans NBER Working Paper 8661, Cambridge (MA).

** Core J., Ro. Holthausen, D. Larcker (1999), «Corporate Governance, Chief Executive Officer Compensation and Firm Performance», Journal of Economics, p. 371-406.