L’économie se porte bien et les syndicats veulent que les employés profitent de cette embellie. «L’heure est venue pour des hausses de salaires réels», a déclaré Paul Rechsteiner, président de l’Union syndicale suisse (USS) lundi à Berne. «Il y a de l’argent à disposition», renchérit Daniel Lampart, premier secrétaire de l’USS. La faîtière réclame ainsi des hausses générales de 2 à 2,5%.

L’USS estime que ce chiffre tient compte de la hausse des prix, estimée à 1% en 2018 par les économistes de l’USS et les experts du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). En outre, une telle mesure permettrait de compenser les augmentations des primes maladie et s’inscrirait dans la logique de la reprise économique dont les salariés devraient aussi bénéficier.

De plus, en 2019, la Suva accordera des rabais aux entreprises sur les assurances accidents à hauteur de 15%. Enfin, si les syndicats se prononcent en faveur de hausses généralisées, c’est parce qu’ils dénoncent les augmentations individuelles comme arbitraires et injustes, ne profitant guère aux salaires modestes et laissant souvent les femmes sur le bas-côté. Pour les syndicalistes, ce sont autant de bonnes raisons d’augmenter les revenus, tous secteurs confondus.

L’inflation fait son retour

Daniel Lampart craint que l’inflation de l’année 2018 ne soit pas encore assez présente dans les esprits. «La hausse des prix est sous-estimée et un peu oubliée», s’inquiète-t-il. Il faut dire que, depuis près de dix ans, la Suisse n’a pas connu de renchérissement. Dès lors, les syndicats se sont retrouvés dépourvus de leur argument phare: compenser celui-ci par une hausse au moins équivalente des salaires.

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Durant cette période de stagnation des prix, les syndicats se sont surtout appuyés sur l’augmentation des primes maladie et de la conjoncture économique favorable pour justifier leurs revendications salariales. Mais cette année, tout en conservant ces arguments, l’USS a pu reprendre un vieux mantra.

Marco Taddei, membre de la direction de l’Union patronale suisse (UPS), s’oppose aux demandes des syndicats. Selon lui, elles ne tiennent pas compte de la réalité et de la diversité économique de la Suisse. Il ne veut pas entendre parler de revendications générales et uniformes qui négligeraient les spécificités sectorielles et régionales.

La bataille des chiffres

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Les salaires sont en stagnation depuis de nombreuses années. Or, d’après Vania Alleva, présidente d’Unia, ceci est inacceptable puisque la productivité du travail a affiché une hausse en 2017, selon des chiffres communiqués par l’OFS. Cependant, un rapport de l’OCDE publié en juillet de cette année démontre que si les revenus ne bougent pas, c’est entre autres parce que la Suisse fait justement face à une réduction de sa productivité multifactorielle (travail et capital confondus).

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Face à cette bataille de chiffres, l’économiste Cédric Tille de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève fournit des explications. S’il estime que la démarche d’Unia est de «bonne guerre», il rappelle qu’on ne saurait se fier au chiffre d’une seule année pour juger de la marche de l’économie. «Il est vrai que la productivité du travail à augmenté de 1.7% en 2017. Mais cela représente une exception sur une tendance à plus long terme.»