«Tout le monde en profite.» Serge Gaillard, directeur du secrétariat central de l'Union syndicale suisse (USS), n'est pas mécontent de la tournure prise par les négociations salariales pour 2005. Les résultats, à l'exemple de Swisscom lundi, tombent les uns après les autres. Il en ressort une progression des salaires nominaux supérieure à l'année passée. UBS évalue cette augmentation à 1,4%, contre 0,9% en 2004 (valeur médiane), selon un sondage publié à fin octobre.

Reste à connaître l'impact de cette amélioration sur le revenu des ménages. En octobre, l'inflation était de 1,3% en variation annuelle. Une fois cette hausse des prix soustraite de l'augmentation des salaires, le résultat final est modeste. La progression réelle s'élève à 0,1%. Pas de quoi faire repartir la consommation dont le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) a souligné vendredi le ralentissement au troisième trimestre.

Pour l'heure, l'Office fédéral de la statistique (OFS) anticipe un taux d'inflation moyen de 1,3% en 2005. «Cela dépendra beaucoup de l'évolution des prix du pétrole, précise Serge Gaillard. Une baisse de l'or noir permettrait une hausse rapide du pouvoir d'achat.» L'enquête réalisée par UBS auprès d'entreprises et d'associations patronales de 19 secteurs conclut à un taux d'inflation de 0,9%. Ce qui impliquerait une hausse réelle de 0,5%. En règle générale, ces dernières années ont réservé plutôt de bonnes surprises. Si l'on excepte l'année en cours, pour laquelle on prévoit une stagnation des revenus, la hausse réelle s'est située entre 0,8% et 1,5% depuis 2001.

De grands vainqueurs ressortent déjà au niveau sectoriel. Les banques, les télécoms et l'industrie pharmaceutique figurent dans le peloton de tête. La masse salariale de UBS et de Novartis va s'accroître de 2,3%. Chez Roche, la hausse pour les employés a été fixée à 2,25%. Elle s'élève à 2% chez Swisscom et à 1,75% pour Credit Suisse Group (CSG).

Dans la distribution, les progressions accordées par Migros et Coop permettent de compenser le renchérissement du coût de la vie. Le géant orange annonce une hausse de 1,5 à 2% contre 1,5% pour son concurrent bâlois. Dans la construction, les négociations ont débouché sur une augmentation de 1,5%.

A l'autre extrême, le domaine du textile (+0,4%), l'édition (+0,8%) et l'hôtellerie (+1%) figurent parmi les viennent ensuite, selon l'enquête UBS. Tout comme la fonction publique (+1%). Si l'inflation se maintient à son niveau actuel, les salariés de ces secteurs verront leur pouvoir d'achat diminuer.

Passé ce tour d'horizon, la politique de rémunération ne s'avère pas aussi simple. Chez UBS, CSG, Novartis et Roche, par exemple, les hausses sont individuelles. Sur le taux d'augmentation de 1,5% prévu par Coop, 1% sera affecté à des hausses au mérite destinées à certains collaborateurs. Il est «inacceptable» que la compensation ne soit pas accordée à l'ensemble du personnel, a réagi le syndicat Unia devant cette décision.

Mérite et rattrapage

Des efforts sont néanmoins menés sur le terrain de l'équité. Si les employés de Swisscom verront leurs salaires progresser de 1,7%, ceux bénéficiant d'une rémunération supérieure au marché seront moins augmentés (+0,9%). De plus, les salaires minimaux garantis seront relevés de 1,3%. Coop consacre pour sa part 0,2% de sa hausse à l'adaptation des salaires entre 3900 et 4800 francs.

Serge Gaillard rappelle à ce sujet la campagne menée ces dernières années contre les bas salaires. Elle a déjà permis un rattrapage. Une convention collective nationale de travail (CCNT) entrera, par exemple, en vigueur dans la branche des cafés et restaurants en 2005. Elle permettra d'assurer des minima salariaux. Unia a réclamé lundi un renforcement massif des contrôles et des «sanctions dissuasives». Une réalisation plus importante pour ce secteur que la hausse ponctuelle des salaires.