UBS pronostiquait, l'automne dernier, une légère augmentation des salaires pour 2004. La banque l'estimait à 0,9%. Alors qu'une bonne partie des négociations salariales sont désormais achevées, ce chiffre se confirme, avec peut-être un soupçon de plus: en moyenne, la croissance des salaires devrait avoisiner 1%, estime Serge Gaillard, secrétaire dirigeant de l'Union syndicale suisse (USS). Compte tenu d'un renchérissement annuel de 0,6%, une légère hausse réelle est donc attendue. «Il n'y a quasiment aucune branche sous la barre des 0,5 à 0,7%, ce qui garantit au moins la compensation du renchérissement», confirme Andreas Rieger, membre du comité directeur du SIB (Syndicat industrie & bâtiment). «Globalement, ce n'est pas si mal, au vu de la situation économique» et des trois années de crise qui se sont succédé, estiment les responsables syndicaux.

En fait, il y a de grandes différences selon les secteurs. Dans les entreprises qui se portent le mieux – dans la chimie ou Swisscom par exemple – les hausses sont plus importantes: elles se montent à environ 2%. Chez Migros et Coop, les augmentations s'établissent aux alentours de 1,5%.

En revanche, d'autres branches, comme l'horlogerie, ne compensent guère que le renchérissement. Dans la construction, les hausses sont également minimes: 20 francs de plus par mois. Une solution acceptable pour les syndicats, car elle tient compte du fait que les employeurs subissent une forte hausse des charges salariales suite à l'introduction de la retraite anticipée à 60 ans, obtenue après d'âpres combats.

Parfois, l'augmentation du coût de la vie n'est pas compensée, mais les salaires minimaux ont légèrement progressé: c'est le cas dans les techniques de l'habitat, l'isolation, les constructions métalliques, les machines agricoles ou la carrosserie. Les domaines où les négociations se sont achevées sans augmentation du tout «sont rares», note Andreas Rieger. Cela concerne notamment quelques entreprises dans le secteur des machines.

Dans l'hôtellerie et la restauration, les passes d'armes ont été particulièrement chaudes entre syndicats et patronat. Les associations patronales demandaient au départ des baisses de salaires, puis le statu quo. L'affaire a fini devant l'Office fédéral de conciliation qui a tranché pour une adaptation des salaires minimaux de 0,7% en moyenne. «Dans ce cas, comme dans quelques autres où les offices de conciliation sont entrés en jeu, elles ont accepté la compensation du renchérissement, même en période de difficultés économiques. Pour nous, c'est un signal positif», commente Serge Gaillard.

Cette augmentation faible, mais réelle, du pouvoir d'achat attendue pour 2004 suit la légère remontée des salaires entamée depuis 2001 après des années de diminution en termes réels, souligne le professeur d'économie politique Yves Flückiger: «Pendant dix ans, les Suisses ont subi une érosion de leur pouvoir d'achat. La remontée a été entamée en 2001, en décalage avec la situation économique.»

Des bémols, quand même, dans ce tableau. Compte tenu de l'augmentation d'autres charges, celles des cotisations du 2e pilier, celles des primes d'assurances maladie, les hausses de salaires pourraient bien être totalement grignotées. «Tout compris, je crains une détérioration du revenu des salariés», lance Andreas Rieger. Qui déplore également que trop de négociations salariales se soldent par des augmentations individuelles en lieu et place des hausses collectives et générales. C'est le cas chez Roche ou pour la Coop, par exemple.

C'est aussi le cas dans les grandes banques. UBS, en phase avec ses propres pronostics, et Credit Suisse ont toutes deux annoncé des hausses de 1% de la masse salariale, avec des adaptations distribuées individuellement. «Un taux particulièrement bas», estime Mary-France Goy, la secrétaire centrale de l'Association suisse des employés de banque (ASEB), mais meilleur tout de même qu'en 2003. Cela s'explique d'une part parce que les salaires sont toujours, en moyenne, parmi les plus élevés de Suisse dans cette branche, mais aussi parce que les restructurations se poursuivent et les menaces pèsent toujours sur l'emploi. Selon Marie-France Goy, «les hausses étant individuelles depuis 1997, il y a de très grandes variations selon les régions, les activités, la formation ou les responsabilités. Il y aura même encore des bonus.»

Le développement des augmentations individuelles semble un mouvement de fond, même si les années de croissance sont plus propices à la négociation de hausses collectives. Pour les secteurs couverts par des conventions collectives, «90% des hausses étaient distribuées collectivement en 1993, souligne Yves Flückiger. En 1998, 20% seulement des adaptations salariales se sont faites à titre collectif contre 80% individuellement. Depuis 1999, la situation s'est un peu redressée: on est remonté à 70% en 2001 avant de redescendre à 50% en 2003. Pour ma part, j'y vois une vraie tendance.»