Le sort de l’employé dépend de la santé de son entreprise. Mais il peut aussi être fonction de la composition des organes dirigeants. Les salariés profitent-ils d’une représentation au conseil d’administration? La littérature économique sur le sujet est abondante mais se concentre sur l’Allemagne, où les employés forment la moitié des membres du conseil de surveillance mais celui-ci ne définit pas la stratégie.

L’idée d’une plus forte représentation des employés est de plus en plus populaire. Aux Etats-Unis, selon un sondage réalisé par Civis Analytics, une majorité d’Américains aimeraient qu’un membre du personnel siège au conseil d’administration des grandes entreprises. La sénatrice Elizabeth Warren, candidate aux dernières primaires démocrates, proposait même que les salariés choisissent 40% des administrateurs.

L’exception Swisscom

Dans les pays anglo-saxons, ce sont les propriétaires-entrepreneurs qui prennent les décisions en vertu de leur prise de risque. En Suisse, les employés ne sont en principe pas représentés au plus haut niveau. Mais il existe des exceptions. Swisscom, par exemple, compte deux représentants du personnel au conseil, Sandra Lathion-Zweifel, du syndicat Transfair, et Alain Carrupt, du syndicat Syndicom, ainsi que le confirme sa porte-parole.

Une nouvelle étude, publiée le 28 décembre par la plateforme de recherche National Bureau of Economic Research (NBER), s’intéresse à la Norvège. Dans cette dernière, depuis 1972, la représentation des salariés au conseil est obligatoire pour les entreprises de plus de 200 employés.

Lire aussi: Les vraies raisons de la performance des entreprises familiales

Sa conclusion est claire: les salariés profitent d’un salaire supérieur et courent moins de risques liés à la performance de leur entreprise. Les auteurs, américains et scandinaves, se penchent sur la période allant de 2004 à 2014. Ils affirment qu’un salarié quittant une société sans représentation des salariés au conseil d’administration pour une entreprise ayant un employé dans les instances supérieures profite d’un salaire 4% plus élevé. Les employés qui font le chemin inverse reçoivent une rémunération de 3% plus faible.

Le degré de syndicalisation et la taille

La raison de ce gain ne tient toutefois pas à la représentation elle-même des employés au conseil d’administration mais à la taille de l’entreprise et au taux de syndicalisation, analysent les auteurs. Sur une base ajustée de ces deux facteurs, l’effet de la représentation est «modeste» puisque la hausse du salaire est limitée à 2%. En résumé, les salariés «profitent d’être employés dans une entreprise dans laquelle ils disposent d’une voix au conseil, mais ils ne profiteraient pas d’une obligation légale imposant ce droit».

Lire également: Syndicats et patronat, un même combat face au covid

En Norvège, les salaires sont déterminés par l’entreprise dans 80% des cas et par les accords de branche dans 20% des situations.

Ethos favorable

Vincent Kaufmann, directeur de la Fondation Ethos, est en règle générale plutôt favorable à ce que les salariés, qui représentent une partie prenante (stakeholder) importante d’une société, puissent disposer d’un représentant au sein du conseil d’administration. «Il est toutefois important que l’employé nommé puisse faire part librement des revendications et des attentes de ceux qu’ils représentent au sein du conseil d’administration sans subir de pressions de la part de son employeur», souligne-t-il. Vincent Kaufmann en profite pour souligner qu’«un conseil d’administration suffisamment diversifié, que ce soit en termes d’origines, de genres ou de compétences, est toujours un atout pour une société».

Si la récession limite en ce moment les revendications des salariés en matière de gouvernance, la question de la représentation du personnel devrait s’intensifier à moyen terme, notamment en raison des tendances démographiques qui vont réduire la proportion des actifs.