Étude

Les salariés des sciences de la vie en Suisse sont jusqu’à 482% mieux payés qu’en Asie

Michael Page estime que le prix à payer pour rester sur le territoire helvétique demeure encore raisonnable comparé à une expatriation à Dublin ou à Amsterdam. Et indépendamment de sa cherté, Singapour ne représente pas nécessairement une concurrence pour les sièges européens des multinationales

La Suisse est très chère. Trop chère? La dernière étude du cabinet de recrutement Michael Page (MP), publiée début octobre, montre les disparités salariales dans le domaine de la santé et des sciences de la vie entre le marché helvétique et le reste du monde. Les écarts sont parfois vertigineux. Exemple: un directeur de produit dans l’industrie pharmaceutique gagne en moyenne 204 000 francs par an en Suisse, contre 119 000 en Grande-Bretagne, 82 000 à Singapour, 98 000 en France ou 35 000 en Inde (- 482%).

Le sondage de MP couvre un échantillon de 19 postes à responsabilités différents (responsable de contrôle qualité et de gestion réglementaire, chef des ventes, analyste de marchés, directeur régional ou commercial, pharmacovigilance, etc.), dans 14 pays. Autres exemples d’amplitude salariale: un directeur d’usine pharmaceutique ou marketing dans le domaine des équipements médicaux perçoit, respectivement, 200 000 et 163 000 francs en Suisse. S’ils étaient employés à Singapour ou aux Pays-Bas, ils gagneraient en moyenne 122 000 et 102 000 francs. Toutefois, estiment les analystes de MP, les rémunérations helvétiques se sont stabilisées et ne devraient plus croître, malgré des besoins en recrutement très soutenus dans les sciences de la vie.

Pourquoi les multinationales de la pharma, des biotechnologies ou des medtechs restent en Suisse, plutôt que de s’expatrier vers des sites plus avantageux et très dynamiques, comme l’Irlande, les Pays-Bas ou en Asie? «On ne peut pas comparer le marché helvétique, siège traditionnel pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, avec par exemple Singapour, dont le tissu est complètement différent et constitue un hub complémentaire, mais pour l’Asie.», explique Raphael Asseo, directeur de Page Executive, l’unité du groupe Page spécialisée dans le recrutement de cadres dirigeants. Le territoire helvétique recense environ 340 biotechs, 65 pharmas et 340 sociétés d’outillage médical. «Ce dispositif s’adosse à l’horlogerie et aux grands noms comme Roche ou Novartis, avec des états de services remontant au milieu du XIXe siècle. Il n’y a rien de similaire dans d’autres pays», renchérit-il, avant d’évoquer la décision – in extremis, en 2014 – de CLS Behring de s’installer en Suisse plutôt qu’à Singapour avec, à la clé, quelque 300 emplois et jusqu’à 400 millions de francs d’investissements sur place.

Cherté non rédhibitoire

Amsterdam et Dublin constituent aussi un vivier de travailleurs qualifiés important. «Les sièges des multinationales en Suisse emploient généralement entre 30 et 50 salariés [ndlr: exception faite de sociétés disposant d’un site de production, comme Medtronic], sur plus de 200 collaborateurs répartis ailleurs en Europe. Le prix à payer pour rester sur le territoire helvétique reste encore raisonnable comparé à ce que coûterait une délocalisation au Nord du continent», estime Raphael Asseo. Toutefois, vu la concurrence de plus en plus acharnée sur le marché suisse de l’emploi pour les profils qualifiés, les entreprises transfrontalières ont quand même tendance à rapatrier des effectifs back-offices à l’étranger, voire vers leur maison mère, principalement aux États-Unis, au Japon et en Chine, ou encore en France pour tout ce qui est lié au domaine cosmétique. «2015 a marqué l’installation de nombreuses firmes américaines en Suisse. Ce qui a accentué la carence en ressources humaines localement», relève-t-il. Selon lui, les sièges pharmas, biotechs et autres medtechs – à la croissance phénoménale ces 15 dernières années, selon Page Executive – devraient malgré tout continuer à affluer dans le pays. «Car le potentiel helvétique demeure intéressant. On se souvient de Celgene, qui emploie aujourd’hui plus de 500 personnes à Boudry. La société a démarré ses activités à Neuchâtel, avec 10 personnes dans un appartement en 2007. Malgré les départs et les réductions de voilure, la tendance des arrivées en Suisse devrait se maintenir à la hausse», conclut le spécialiste.

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