Travail

Les salariés suisses doivent profiter de la reprise, exigent les syndicats

Les syndicats estiment qu'après deux ans de modération sur les feuilles de paie, l'heure est venue de faire participer les salariés des bonnes perspectives de croissance. Le patronat préfère rester prudent et veut donner la priorité aux investissements face au franc toujours fort

«Il y a longtemps que les perspectives économiques ne s'étaient pas avérées aussi positives», a relevé mardi à Berne devant les médias Gabriel Fischer, responsable de la politique économique de Travail.Suisse. Les salariés doivent profiter de la reprise qui s'annonce, estiment la faîtière et les fédérations affiliées Syna, transfair et Hotel & Gastro Union.

Selon les syndicats, les perspectives de croissance de la Suisse, de 1,4% cette année et de 1,9% l'an prochain, sont réjouissantes. Les entreprises peuvent profiter du contexte de reprise mondiale, notamment de la dynamique croissante dans la zone euro. Le net affaiblissement du franc par rapport à l'euro joue également un rôle très favorable pour l'industrie d'exportation.

Le boom se poursuit dans la construction et les nouvelles sont bonnes dans l'industrie des machines. Même dans le commerce de détail, le recul des ventes a pu être stoppé. «Les entreprises sont davantage prêtes à créer des emplois», résume M. Fischer.

Modération et flexibilité

Depuis 2010, les augmentations salariales ont été très modestes et de nombreuses branches ont même décrété un gel des salaires, rappelle Travail.Suisse. Cette modération, couplée à une grande flexibilité, dans les horaires de travail par exemple, a contribué à maintenir la compétitivité des entreprises suisses durant les années de crise et de surévaluation du franc.

A présent, une hausse du pouvoir d'achat des employés est juste et nécessaire, estime l'organisation faîtière indépendante des travailleurs. «D'autant qu'une hausse de leur pouvoir d'achat contribuera à renforcer la consommation des ménages comme pilier conjoncturel», note Gabriel Fischer.

Un constat partagé par le syndicat Syna, qui rappelle qu'en raison des hausses régulières des primes d'assurance maladie - et souvent des loyers - le pouvoir d'achat de nombreux ménages a diminué. A cela s'ajoute encore le renchérissement prévu de 0,5% cette année.

Hausses généralisées pour être plus justes

Les syndicats plaident pour des hausses salariales généralisées. «Depuis 2013, seulement 40% des augmentations de salaire profitent à tous, tandis que 60% sont réparties de manière individuelle, selon des critères souvent opaques», dénonce Arno Kerst, président de Syna. Auparavant, cette proportion était inversée.

Dans le détail, Syna réclame des augmentations générales de salaires de 1,5 à 2% dans le secteur de l'artisanat et 150 francs de plus par mois dans le bâtiment. Une hausse de 100 francs par mois est également demandée pour tous les employés du commerce de détail gagnant moins de 5000 francs mensuels.

Le secteur de la santé, qui souffre toujours d'un manque de main-d'œuvre qualifiée, devrait se voir accorder des hausses générales de 1,5%. Dans l'hôtellerie et la restauration, les salaires minimaux devraient être relevés de 2%.

Un effort dans le même ordre de grandeur est demandé aux entreprises de la chimie et de la pharma. Enfin, des hausses de salaires générales de 100 francs - voire 150 francs dans les grandes sociétés - dans l'industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (MEM) devraient permettre de combler le besoin de rattrapage.

Les exigences dévoilées mardi par Travail.Suisse rejoignent celles de l'Union syndicale suisse, formulées mi-juillet. L'USS réclame des hausses de salaires de 1,5 à 2% l'an prochain et davantage pour les femmes, afin de corriger les discriminations.

Trop tôt pour le patronat

Pour l'Union patronale suisse (UPS), il est prématuré de répondre à ces demandes, alors que les entreprises ont comptabilisé des commandes pour seulement six mois. La ronde des négociations salariales doit débuter comme chaque année à l'automne.

Il n'existe pour l'heure aucun besoin de rattrapage salarial généralisé, estime l'organisation patronale, qui note que le pouvoir d'achat des salariés s'est continuellement amélioré ces huit dernières années. La priorité doit être accordée aux investissements de remplacement nécessaires pour rester compétitifs, notamment suite au choc du franc fort.

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