Industrie automobile

Le Salon de l'auto de Genève assombri par le diesel et Trump

Les baisses des ventes de diesels ainsi que les menaces douanières de Donald Trump ternissent l'ouverture du Salon de l'automobile, jeudi à Genève 

L’industrie automobile a beau afficher une forme resplendissante, elle se retrouve jeudi 8 mars, au Salon de Genève, assaillie par les doutes, de la crise du diesel aux menaces de taxes brandies par Donald Trump.

Le président américain s’est invité dans les discussions en annonçant des taxes sur les importations d’acier et d’aluminium aux Etats-Unis. «Si des droits de douane étaient mis en place, cela ferait augmenter les prix, et ce serait au consommateur de payer […], donc je ne pense pas qu’il y ait de gagnants dans ce scénario», lui a répliqué lundi soir Didier Leroy, vice-président du constructeur japonais Toyota. Il s’est inquiété du risque d’effet «boomerang», avec des mesures similaires de la part de la Chine ou de l’Union européenne, si les Etats-Unis passaient à l’acte.

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Donald Trump a également menacé de taxer les importations d’automobiles européennes, ce qui toucherait d’abord les constructeurs allemands qui produisent pourtant massivement en Amérique du Nord. «Les ventes mondiales ont battu de nouveaux records en 2017.» Mais, à Genève, «derrière le glamour et les paillettes, il y a des rides d’inquiétude», a commenté Ferdinand Dudenhöffer, directeur du Center Automotive Research, basé en Allemagne.

Plongeon des ventes de diesels

Le premier souci du secteur reste le plongeon des ventes de motorisations diesel. Les constructeurs européens ont misé dessus pendant des années pour réduire leurs émissions de CO2 avec le soutien des pouvoirs publics. Ils sont subitement contraints d’adapter leur outil industriel afin de pouvoir fabriquer les voitures que les clients demandent, c’est-à-dire de plus en plus de moteurs essence, électriques ou hybrides électrique-essence.

L’affaire des moteurs truqués de Volkswagen a jeté le discrédit sur le diesel, critiqué pour ses émissions de gaz polluants (oxydes d’azote) et de particules fines. Des villes comme Paris ont dit vouloir les bannir progressivement et, en Allemagne, la justice vient d’ouvrir la voie à de possibles interdictions pour les vieux diesels, renforçant encore l’incertitude des acheteurs. Les grands constructeurs ont annoncé des plans d’investissement en dizaines de milliards d’euros sur plusieurs années pour accélérer leur stratégie électrique, avec des retombées commerciales encore incertaines.

Toyota, roi de l’hybride

Cette évolution n’inquiète pas Toyota qui profite au contraire à plein de l’engouement pour ses véhicules hybrides. Le groupe japonais a d’ailleurs annoncé lundi qu’il cesserait cette année la vente de voitures particulières diesel en Europe. Cette motorisation ne représentait plus que 15% de ses ventes l’an dernier sur ce marché, contre 40% pour ses hybrides essence-électrique, en hausse de 45%, une technologie dont il a été pionnier il y a plus de vingt ans.

Plusieurs nouveaux modèles électriques, et de nombreux concepts sont dévoilés à Genève ce mardi, puis au grand public à partir de jeudi et jusqu’au 18 mars. Parmi les nouveautés prometteuses: la première voiture électrique de Jaguar, le SUV I-Pace, ou encore le SUV (4x4 de loisir) électrique de Hyundai, le Kona.

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Les SUV, ou 4x4 urbains, qui connaissent un grand succès, ainsi que l’électrification des véhicules sont les deux grandes tendances du salon. En témoigne la désignation lundi du Volvo XC40 comme voiture de l’année, une première pour la marque suédoise. Elle consacre un SUV, pour la deuxième année consécutive, après le Peugeot 3008 en 2017. Le XC40 sera décliné en version hybride, puis électrique. Dans un registre plus classique, Peugeot présente sa 508, une rivale très attendue des grandes berlines allemandes, importante pour l’image de la marque.

La concurrence est rude

Pour les constructeurs, la crise du diesel survient au pire moment. L’arrivée des véhicules électriques et autonomes les confronte à de nouveaux venus, comme Tesla, ou les géants internationaux de la high-tech, comme Apple, Google et des groupes chinois, qui veulent leur part du gâteau de la «smartcar». L’informatique, l’intelligence artificielle, les télécommunications seront au cœur du véhicule du futur, loin des compétences traditionnelles des groupes automobiles.

Leurs profits records, annoncés ces dernières semaines, suffiront-ils à financer l’adaptation? On a des constructeurs qui vont «très bien», mais dont «l’avenir est très compliqué», estime Eric Kirstetter, du cabinet de conseil Roland Berger. Près de 700 000 visiteurs sont attendus à Genève pour contempler les quelque 900 voitures exposées.

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