La réponse est non. Balayée, l’offre à 16,8 millions de francs du canton de Genève pour sauver le Salon de l’automobile (GIMS): les organisateurs de la manifestation, menacée de disparition depuis son annulation de dernière minute fin février en raison de la crise sanitaire, n’en veulent pas. Ils refusent que Palexpo prenne le contrôle de l’événement, peut-on lire dans un communiqué diffusé mardi après-midi par la fondation du GIMS. «Cela implique un changement de gouvernance que nous ne pouvions accepter», précise au Temps le directeur du GIMS, Sandro Mesquita, entré en fonction au début du mois.

C’était l’une des conditions imposées par le canton pour l’octroi de ce prêt à taux bas (environ 1,6%) remboursable sur plus de quinze ans: la conceptualisation du salon devait être sous-traitée au centre de congrès, selon des modalités approuvées par l’Etat, peut-on lire dans le projet de loi, transmis le 12 mai par les députés à la Commission des finances, lors de leur dernière session. La fondation du GIMS aurait conservé la compétence de validation du concept et du budget. Cela en sus de la mise en gage par l’organisateur du salon de sa part de 7% dans le capital de Palexpo (détenu à 80% par le canton), correspondant au montant de l’emprunt.

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Avec cette clause, le canton comptait étendre le concept de la manifestation à la mobilité au sens large, plus en phase avec les problématiques environnementales. «Nous ne sommes pas opposés à cette idée, sur le fond. Cette édition 2020 devait d’ailleurs marquer un pas en ce sens avec l’inauguration d’un circuit d’essai pour des motorisations électriques», relève Sandro Mesquita.

Pas de garantie pour 2021

La forme en revanche est jugée «contraire aux statuts» et cette réorganisation constituait en outre une forme de désaveu pour ses organisateurs, notamment les importateurs, dont les voix pèsent au conseil de fondation. «Nous avons fait un travail de bonne qualité pendant 89 ans», rétorque François Launaz, président d’Auto-Suisse, représentant les constructeurs présents en Suisse.

«Au fil de nos échanges, nous étions parvenus à aplanir cette problématique de la sous-traitance, en précisant que la conceptualisation du salon serait faite d’un commun accord entre Palexpo et le GIMS. Nous avons mis 17 millions sur la table, la moindre des choses était d’avoir un droit de regard», réagit le conseiller d’Etat Pierre Maudet, initiateur du projet de loi, chargé du Département du développement économique (DDE). Il dit «regretter cette décision unilatérale».

L’autre point de discorde était le conditionnement du prêt à la tenue d’une édition en 2021. «A ce stade, les conditions sanitaires et économiques ne nous permettent pas de nous y engager», souligne François Launaz. Les incertitudes demeurent quant à la tenue de grands événements ou une éventuelle nouvelle flambée du virus. «Frappés de plein fouet par la crise économique actuelle, les constructeurs ne peuvent prendre le risque d’un deuxième échec», ajoute Sandro Mesquita, qui précise se laisser «jusqu’au 30 juin pour prendre une décision définitive».

«Impossible dans ces conditions d’invoquer une clause d’urgence», tance Pierre Maudet, pour qui «ces hésitations sont la preuve que nous avions raison de demander des garanties». Et de rappeler au passage que «l’enjeu, c’était de préserver l’emploi».

Perte de 11 millions de francs

De fait, le prêt est abandonné et l’avenir de la manifestation semble plus que jamais compromis. Les pertes liées à la suppression du GIMS 2020 sont estimées à 11 millions de francs. Les millions de l’Etat devaient notamment permettre d’indemniser les constructeurs automobiles, irrités par les circonstances de l’annulation, à moins d’une semaine de l’ouverture alors que le montage des stands touchait à sa fin.

Le GIMS espérait ainsi les convaincre de rempiler pour une nouvelle édition. Ce, dans un contexte de désaffection généralisée de ces grands rendez-vous, avec un nombre de visiteurs et d’exposants en constant repli ces quinze dernières années. Le conseil de fondation du salon avait d’ailleurs dû puiser dans ses réserves financières pour faire face à la perte de 20% de surface louée cette année.

A court de liquidités et sans le soutien du canton, quel est le plan B? «Nous explorons d’autres voies de financement: celle plus traditionnelle passant par les institutions financières, ainsi que celle du partenariat, avec des privés, des entreprises du secteur automobile», ajoute le patron du GIMS. La fondation envisage en outre de vendre ses actions dans Palexpo.

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De la pérennité de la manifestation dépend la santé de Palexpo, qui en tire près d’un tiers de ses revenus – ils totalisaient 94 millions en 2018 et les chiffres de 2019 seront connus le mois prochain. L’infrastructure est jugée cruciale pour l’économie du canton, représentant près de 600 millions de francs de retombées. De ses foires et salons professionnels et grand public dépendent des milliers d’emplois – directs et indirects, soulignent les autorités genevoises.