Suisse

Salt impose un nouveau standard avec une offre globale à 98,95 francs

Salt vient de lancer une offre combinant accès à internet, télévision, téléphonie fixe et mobile pour 98,95 francs par mois, du jamais-vu. Swisscom a été le premier à réagir en baissant ses tarifs

C’est une opération que les Suisses détestent faire. Mais qu’ils feraient bien d’envisager dans les semaines à venir. L’opération? Sortir leur calculatrice et estimer les coûts de leurs services télécoms, de l’accès à internet à la téléphonie fixe, de la télévision à la téléphonie mobile. Fin mars, Salt lançait sa première offre sur le fixe avec des tarifs défiant toute concurrence. Des prix si agressifs que pile 24 heures plus tard, Swisscom annonçait lui aussi une baisse de tarifs. Et ce n’est sans doute que le début.

Après plus d’un an de rumeurs, Salt lançait ainsi le 20 mars sa première offre sur le fixe. Un abonnement unique, et maximaliste, qui s’adresse aux grands consommateurs. Salt Fiber comprend un accès à internet à vitesse maximale pouvant atteindre jusqu’à 10 gigabits par seconde, 300 chaînes de télévision avec possibilité d’enregistrer des émissions, des films et des séries à la demande et un service de téléphonie fixe illimité. Le tout pour 49,95 francs par mois (plus 99,95 francs de frais uniques d’activation), et même 39,95 par mois pour les détenteurs d’un abonnement mobile chez Salt. A titre de comparaison, les tarifs pour des offres comparables sont deux à trois fois plus élevés chez Swisscom, UPC ou Sunrise.

Moitié prix durant deux ans

Salt, connu pour ses prix agressifs pour le mobile via des promotions permanentes, va même plus loin puisqu’il propose des abonnements illimités (Plus Swiss) pour 29,50 francs par mois, et ce durant deux ans. Résultat: une offre illimitée internet-télévision-téléphonie fixe-téléphonie mobile pour 69,45 francs par mois, ou 98,95 francs hors promotion. Du jamais-vu en Suisse.

Pour l’opérateur, entrer sur le marché du fixe était une nécessité absolue. «Nous savions que, face aux offres combinées des autres opérateurs, nous devions proposer un service global, explique Andreas Schönenberger, directeur de Salt. Bien sûr, nos tarifs sont agressifs. Mais nous ne sommes pas un discounter, nous proposons ce qui se fait de mieux en Suisse comme services et comme technologie.»

Uniquement sur la fibre

Avec une limitation. Comme son nom l’indique, Salt Fiber n’est disponible que sur le réseau ultra-rapide de fibre optique – l’opérateur loue des capacités à des partenaires (lire ci-dessous). En Suisse, 1,3 million de ménages disposent de cette technologie, soit un peu plus de 35% des foyers. «Certes, nous ne couvrons pas l’entier de la population. Mais cette base est déjà considérable et je suis certain que notre offre va pousser les propriétaires de réseau fibre à les développer davantage», poursuit Andreas Schönenberger. En Suisse romande, les villes de Lausanne, Genève, Sion ou Fribourg sont couvertes, mais pas celles de Neuchâtel ou Sierre, par exemple.

Lire aussi: La stratégie de Salt est-elle suicidaire? L’opérateur réplique

Comment juger l’offre de Salt? «A 49,95 francs, voire 39,95 francs pour les clients de l’opérateur, les tarifs sont agressifs. Si l’on tient aussi compte des promotions actuelles, Salt casse les prix face aux concurrents», estime Ralf Beyeler, spécialiste télécom auprès du site comparatif Moneyland.ch. Un avis que partage Pascal Martin, responsable du blog spécialisé Scal.ch, mais avec un bémol: «Au niveau prix, oui, c’est une vraie rupture, mais les clients suisses sont plutôt frileux et savent que le prix ne fait pas tout. Il faudra attendre les premiers retours des clients fibre de Salt pour savoir quel sera le potentiel réel de ces offres. Mais quoi qu’il en soit, cela montre que les marges des opérateurs en place sont aujourd’hui élevées.»

Le prix est-il important?

Les tarifs sont agressifs. Mais cela ne suffira peut-être pas à attirer rapidement des centaines de milliers de clients. «Salt est nouveau sur le réseau fixe et aura de la peine à créer une base de clients rapidement, poursuit Ralf Beyeler. Beaucoup de consommateurs ne sont pas vraiment attentifs aux prix et rechignent à changer de fournisseur d’accès. Quels bénéfices Salt offre-t-il à part des prix bas? L’opérateur doit prouver qu’il peut assurer dans un marché dans lequel il est nouveau.»

Lire aussi: Salt souffre de ne proposer que des offres mobiles

Salt assure qu’il tiendra ses promesses. «Nous avons mis près de deux ans à développer ce produit avec soin et il fonctionne à merveille, assure Yannick Oberson, chef de la force de vente en magasin. Notre offre de télévision est liée à des prestataires suisses de qualité, HollyStar et Zattoo, et la box de télévision que nous proposons est l’Apple TV la plus récente.»

Swisscom a réagi

En face, la concurrence bouge déjà. Wingo, marque low cost de Swisscom, a ainsi fait passer son offre combinant fixe et mobile de 144 à 99 francs par mois, soit une chute de 31%… «Les clients Wingo sont dans leur majorité des clients qui ont pris la décision de quitter leur opérateur pour rejoindre cette marque. Ils sont donc susceptibles de décider à nouveau de changer pour passer chez Salt. C’est pour cette raison que la filiale de Swisscom était prête à réagir immédiatement, analyse Pascal Martin. Les grands opérateurs peuvent prendre plus de temps et voir comment les clients se comportent avant de réagir. Le danger pour eux serait justement de surréagir.»

Ralf Beyeler est plus optimiste sur les tarifs… et leur jungle. «Swisscom, UPC et Sunrise vont baisser leurs tarifs. Ce qui est intéressant avec Salt Fiber, c’est qu’il s’agit d’un service unique à un seul prix. Les consommateurs n’ont pas besoin de se décider entre différentes offres et options pour choisir ce qui leur convient le mieux. Les opérateurs concurrents peuvent s’en inspirer. Mais, naturellement, Swisscom, UPC et Sunrise utilisent la stratégie de la "jungle des tarifs" pour maximiser leurs profits.»

Influence sur les prix

Quels prix attendre pour ces prochains mois? «Le quadruple-play [internet, téléphonie fixe et mobile, télévision, ndlr] à 80 francs par mois, je n’y crois pas vraiment, dit Pascal Martin. Ou alors il s’agira d’offres avec des prestations limitées ou de promotions ponctuelles avec des contrats de longue durée. Par contre, je pense qu’on peut s’attendre à des offres complètes juste en dessous de 100 francs.»


Davantage de concurrence sur la fibre optique

La nouvelle offre de Salt permet de braquer les projecteurs sur un marché qui ne cesse de se développer de manière discrète: la fibre optique. L’opérateur a fait le pari de ne lancer ses services que sur ces réseaux ultra-rapides, et de ne pas s’aventurer sur les réseaux historiques de cuivre (DSL), au contraire de Swisscom et d’UPC.

Salt a signé des contrats avec Swiss Fibre Net (SFN), l’association faîtière des entreprises électriques locales, pour utiliser leur réseau de fibre à Yverdon, Berne ou encore Saint-Gall. Dans de nombreuses villes de Suisse, les services industriels construisent depuis plusieurs années un réseau de fibre optique. Parfois seules, mais le plus souvent avec Swisscom, avec en général 60% des frais à la charge de l’opérateur historique et 40% à la charge des services industriels.

Si le partage des coûts est plus ou moins équitable, celui des bénéfices ne semble pas l’être. De nombreux spécialistes du domaine estiment que Swisscom récolte 80% des clients en fibre optique via des campagnes marketing importantes, ne laissant que des miettes à ses partenaires. Or Salt, en signant avec SFN, mais aussi avec des villes qui ne font pas partie de cette association, pourrait contribuer à rééquilibrer le marché en faveur des services industriels locaux. 


Salt veut prouver qu’il s’investit en Suisse

Au sein de chaque boîtier fibre que Salt enverra à ses clients figure, en petit à l’intérieur de la box, la mention «Designed with love by Salt in Switzerland». L’opérateur, racheté en 2015 par l’homme d’affaires français Xavier Niel pour 2,8 milliards de francs via la société NJJ Capital, veut montrer que son ancrage suisse est solide. «Nous avons consenti d’importants investissements pour lancer notre offre sur la fibre, avec des contrats de leasing de fibre d’une durée de vingt ans», explique Andreas Schönenberger, directeur de Salt. L’opérateur ne donne pas le montant des investissements liés à ce projet, mais renvoie à ses résultats annuels. On y voit que les investissements globaux (comprenant aussi le réseau mobile) sont passés de 97 à 382 millions de francs de 2016 à 2017.

L’offensive de Salt sur les tarifs fait bien sûr penser à celle de Free en France en 2012. L’opérateur, entre les mains de Xavier Niel via le groupe Iliad, avait cassé les prix en entrant sur le réseau mobile après avoir été actif sur le marché fixe. Aujourd’hui, Free revendique 18% du marché mobile français. Mais en Suisse, Salt est dans une position moins confortable, estime Pascal Martin: «Pour le moment, on ne peut pas vraiment faire de comparaison avec Free. Salt reste le maillon faible des gros acteurs de la branche en Suisse. Ce qui fait la valeur d’un opérateur, c’est le nombre de ses clients. Que ce soit avec ses prix très agressifs dans le mobile ou aujourd’hui avec son arrivée dans la fibre, le but premier de Salt reste avant tout de ne pas perdre trop de parts de marché.» 

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