L’arrêt total de l’activité, pour cause de virus, «quoi qu’il en coûte», n’est pas de mise, le président français Emmanuel Macron ne peut pas se permettre de choisir une disposition économique non maîtrisée, après toutes celles de ses prédécesseurs!

Résorber la dette, induite par la gauche française, ou sombrer dans la déchéance, reste un leitmotiv lancinant, celui de la dernière chance. Les économistes traitent le sujet de long en large par des articles techniques sophistiqués. Mais au nord de l’Europe, les gouvernements ne cautionnent pas les manquements répétés des dirigeants français aux accords européens et pour commencer à ceux de Maastricht.

L'Etat fripon

Ce sujet est tourné en dérision avec humour par Antoine Rault, auteur d’un dialogue imaginaire entre Mazarin et Colbert dans la pièce Le Diable rouge: «Le commun des mortels, surendetté, va en prison, mais l’Etat, lui, creuse la dette, tous les Etats font cela [...], les fripons mènent le monde, ils nous rendent de grands services, ce que les gens honnêtes ne savent pas faire…» Face à cette politique d’endettement irresponsable, pourrions-nous formuler l’idée de frapper les responsables d’inéligibilité pour 5 ou 10 ans?

Milton Friedman, Prix Nobel d’économie, affirme que la liberté passe avant l’égalité pour permettre plus de bien-être et plus d’équité, sans l’avoir voulu.

Le premier ministre Raymond Barre avait, en son temps, remis à son successeur socialiste, en 1981, après deux crises pétrolières, un quasi-équilibre budgétaire. Peine perdue, celui-ci a été mis à mal par des mesures d’apparence généreuses, qui ont engendré une perte de compétitivité de nos industries, le chômage et les dévaluations successives.

Michel Barnier, l’ancien candidat à la primaire des républicains, résume et argumente ainsi: «Notre richesse par habitant, qui dépassait celles des Etats-Unis et de l’Allemagne quand les socialistes ont pris le pouvoir en 1981, est désormais inférieure de 40%. A mesure que notre économie s’enfonce, notre influence s’affaisse.»

Un franc suisse valait environ un franc français en 1969, aujourd’hui il est l’équivalent d’un euro

Le bilan est terrible: le franc suisse valait environ un franc français en 1969 et aujourd’hui il est l’équivalent d’un euro.

L’épargnant français a réduit d’un facteur six ses avoirs comparés à ceux de son collègue suisse. Si l’investissement immobilier, lui, a maintenu une épargne à niveau, il le paye cher en fiscalité: droits de mutation de 7 à 8%, impôt foncier annuel, impôt sur la fortune immobilière annuel, impôt sur les plus-values s’il vend (hors résidence principale), droits de succession en ligne directe pouvant atteindre 45% au barème progressif.

Les critiques viennent aussi de la gauche: Jean-Baptiste Doumeng, président «communiste» d’Interagra, qui résidait à l’Intercontinental pour échapper à l’ISF, répondait à la question d’un journaliste: «L’impôt sur la fortune a été conçu par des pervers pour satisfaire l’envie sociale des plus bêtes de tous.»

La Constitution le précise, l’impôt est une contribution de tous au budget de la France. Déterminée en fonction des capacités contributives de chacun, la fiscalité n’a pas vocation à être punitive pour certains. Mais «faire disparaître le bourgeois français» était un objectif du président Mitterrand, confidence faite par l’auteur à son prédécesseur qui la révélera. Ceci explique peut-être cela.

L’économiste libéral Jacques Rueff (1896-1978), qui joua un rôle clef dans la France d’après 1958, l’a très bien exprimé: «Les systèmes malthusiens donnent à leurs auteurs toutes les apparences de l’action généreuse, alors qu’ils organisent la misère et la ruine.» Pour cet essayiste, la source de l’inflation réside dans cette définition: «Financer des projets qui ne rapportent rien avec de l’argent qui n’existe pas.»

Un océan de dettes

Or la France multiplie les projets de dépenses jusqu’à souffrir d’un déficit vertigineux. Une petite musique, pas anodine, revient sans cesse: «Le ministre a débloqué les ressources pour…» Il en résulte un océan de dettes.

Jacques Rueff avait mis en garde en décembre 1957 le président du Conseil de la dérive des finances du pays. La France, tributaire des ressources internationales, était reléguée au second rang. Dès son retour aux affaires en juin 1958, le général de Gaulle a fait élaborer et adopter le plan Pinay-Rueff, dont le pays a bénéficié pendant près d’un quart de siècle.

La descente aux enfers semble indolore, presque supportable. Pourtant, notre situation, comparée avec celles de nos voisins, permet d’apprécier la divergence des performances. La dépendance de notre commerce extérieur, la perte récurrente de compétitivité de notre industrie, l’appauvrissement individuel, sont des faits établis.

L’Etat doit financer les domaines régaliens, mais aussi réduire son train de vie, ne pas s’impliquer partout. Ne pas endetter les générations futures avec des investissements illimités et tous azimuts, turpitudes trop fréquentes qui creusent la dette. Choisissez d’être efficace et non de plaire, Monsieur le Ministre!

Rappelons sans cesse aux Français les conclusions de Jacques Rueff pour le pays, toujours d’actualité: «Lui faire vouloir son salut et lui dire les moyens de l’obtenir, les raisons de le désirer.»