«Si, de nos jours, les investissements étrangers affluent en République d’Irlande, il n’en a pas toujours été ainsi. Jusqu’aux années soixante, l’économie irlandaise était encore stagnante et rencontrait d’énormes difficultés à émerger du sous-développement. Sa population décroissant d’année en année depuis le début du XIXe siècle, son manque de tradition industrielle, son absence de matières premières ainsi que la tutelle économique d’un géant industriel, la Grande-Bretagne, autant de facteurs qui limitaient l’essor d’investissements directement productifs.

En 1958, la situation économique et sociale devenant catastrophique, le gouvernement se vit obligé d’entreprendre de profondes réformes afin de développer le secteur industriel, rationaliser l’agriculture et contribuer ainsi à l’amélioration du niveau de vie de ses habitants qui n’avait augmenté en moyenne entre 1953 et 1958 que de 0,5% par an.

Pour sortir de cette léthargie économique, le gouvernement se décida de faire appel aux investissements étrangers. Afin de les attirer, le gouvernement accorde aux firmes étrangères désireuses de s’installer en Irlande de larges subventions, pouvant atteindre 50% du capital fixe, de nombreux crédits, le libre rapatriement de leurs profits, dividendes et capitaux ainsi que l’exemption fiscale de leurs bénéfices durant plus de 15 ans. Enfin, l’Etat irlandais prend à sa charge certains frais occasionnés par la formation de la main-d’œuvre qualifiée requise par ces nouvelles entreprises.

Cette politique porta ses fruits. A la fin mars de cette année, pas moins de 608 nouvelles entreprises avaient vu le jour, 212 appartenant à des Irlandais. […]

L’apport de capitaux étrangers, en contribuant largement à la croissance industrielle – en moyenne de 7% par an entre 1960 et 1970 – fut une des causes majeures du démarrage et de la croissance de l’économie irlandaise qui atteignit en moyenne 4% par an durant la même période. Les exportations de produits manufacturés, quant à elles, augmentèrent en moyenne de 24% annuellement. La situation de l’emploi s’est aussi nettement améliorée: 58 000 nouveaux emplois furent créés, permettant aux travailleurs quittant l’agriculture et aux nouveaux venus sur le marché de trouver du travail. Désormais la population et les milieux d’affaires étaient optimistes. La croissance faisait place à la stagnation.»