Enchères

«Salvator Mundi»: Dmitri Rybolovlev est invité à retirer sa plainte contre Yves Bouvier

Le tableau de Léonard de Vinci, symbole de la discorde opposant l’oligarque russe et le marchand d’art genevois, a été adjugé pour 450,3 millions de dollars. Yves Bouvier et les représentants du collectionneur russe commentent ce nouvel épisode

«La preuve est faite, le tableau a été adjugé pour près de trois fois le prix auquel je l’avais cédé à Dmitri Rybolovlev», résume Yves Bouvier, interpellé par Le Temps suite à la vente, mercredi soir, du Salvator Mundi, ou Sauveur du Monde. Cette toile de Léonard de Vinci, qui date d’environ 1500, vient en effet de trouver acquéreur à New York pour 450,3 millions de dollars. Une somme jamais atteinte sous le marteau pour une œuvre, même signée du célèbre maître de la Renaissance. L’identité de son nouveau propriétaire n’a en revanche pas été dévoilée.

Cette transaction a pour arrière-plan le plus gros scandale à avoir ébranlé le marché de l’art ces dernières années. Le Salvator Mundi a été remis en 2013, pour 83 millions de dollars, à Yves Bouvier. Trois jours plus tard, ce dernier revendait la peinture à Dmitri Rybolovlev, pour 127,5 millions de dollars. Une différence tarifaire de plus de 40 millions qui a déclenché une bataille juridique toujours en cours, l’oligarque russe accusant le marchand d’art genevois d’avoir copieusement surfacturé le tableau.

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Un enrichissement du plaignant

Seul hic: le Salvator Mundi est devenu, au terme d’une mise à l’encan échevelée de 19 minutes, le tableau le plus cher du monde. La maison d’enchères Christie’s avait pourtant estimé à 100 millions de dollars la valeur de cette toile de 65 cm sur 45 cm, vendue pour 45 livres britanniques seulement en 1958, bien avant qu’elle n’ait été reconnue – même si cela ne fait pas encore l’unanimité des experts – comme un authentique du peintre italien, en 2005. «Vu le prix auquel l’œuvre est partie, on ne peut plus accuser Yves Bouvier d’escroquerie, car il n’est en l’espèce pas possible d’invoquer un appauvrissement de la victime, souligne l’avocat de ce dernier, David Bitton. Si j’étais Dmitri Rybolovlev, je m’empresserais de retirer ma plainte, afin d’éviter de me couvrir de ridicule.»

A ce propos: L’œuvre d’art la plus chère du monde est un Vinci à 450,3 millions de dollars

En deux ans, le roi des ports francs a revendu 38 tableaux, pour un peu moins de 2 milliards de dollars, au propriétaire du club de foot AS Monaco. «Le Sauveur du Monde n’est même pas la toile la plus prestigieuse du lot», relève David Bitton.

Contacté, le family office de l’oligarque russe déclare via son responsable Sergey Chernitsyn: «Grâce au professionnalisme et à l’expertise de Christie’s, cette vente record restaure en partie la valeur de la collection d’art. Cet événement conforte les sociétés de la famille Rybolovlev, dans le cadre des procédures judiciaires qu’elles ont initiées en leur qualité de victimes présumées de l’escroquerie choquante commise par Yves Bouvier, qui se présentait comme intermédiaire, conseiller et ami.

Dans une seconde déclaration diffusée tard jeudi, il ajoute: «Nous ne contestons pas le prix des œuvres achetées par l'intermédiaire d'Yves Bouvier. Nous contestons devant la justice les méthodes qu'il a employées pour générer d'énormes plus-values et les dissimuler à son client.»

Stratégie commerciale agressive

Le Sauveur du Monde, objet d’une rareté absolue mais qui a subi une lourde restauration (jusqu’à 80% de la toile), vaut-il réellement plus de 450 millions de dollars? Ce chiffre reste quelque peu surréaliste, selon plusieurs experts. Il serait surtout le résultat du formidable coup marketing orchestré par Christie’s, qui a poussé sa promotion à l’extrême, via une tournée planétaire, un film et une campagne publicitaire agressive de la part d’une société externe mandatée par la maison de ventes aux enchères. Résultat: les investisseurs et autres amateurs d’œuvres exceptionnelles sont venus en nombre et du monde entier, mercredi soir à New York, pour tenter de se l’offrir.

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