Médias

A San Francisco, les entrepreneurs se dévoilent en audio

Les podcasts économiques foisonnent outre-Atlantique. Dans la Silicon Valley, les auditeurs raffolent des conseils et des confessions des petits et des grands patrons. Elon Musk, Mark Zuckerberg et Eric Schmidt se sont déjà prêtés à l’exercice

Entre robots ultra-performants et voitures autonomes, la Silicon Valley est connue pour ses innovations pointues. Et pourtant, c’est une technologie relativement «low tech» qui captive la région de la baie de San Francisco en ce moment: le podcast.

Les grands médias l’ont vite compris, diffusant interviews, analyses et commentaires dans ce format audio. La fameuse station de radio américaine NPR (National Public Radio), basée à Washington D.C., offre une panoplie de podcasts, dont How I Built This, devenu le podcast chouchou des futurs entrepreneurs. Les invités de l’animateur Guy Raz, tels que Whitney Wolfe Herd de Bumble, Emily Weiss de Glossier et Kevin Systrom d’Instagram, y racontent leurs succès, mais aussi leurs échecs.

Le temps d’un trajet en voiture

Cette nouvelle vague sonore a aussi inspiré un grand nombre d’individus à lancer leur propre podcast. Reid Hoffman, le cofondateur de LinkedIn et associé à la firme de venture capital Greylock Partners, a créé Masters of Scale, dans lequel il interviewe des géants de la tech comme Mark Zuckerberg et Eric Schmidt. De l’autre côté de l’Atlantique, à Londres, Harry Stebbings est devenu une sensation à tout juste 22 ans au travers de son podcast The Twenty Minute VC.

Lancé en 2015, ce podcast compte aujourd’hui 245 000 abonnés, dont environ 2850 en Suisse. Le choix de la durée de l’épisode (20 minutes) n’a pas été laissé au hasard. Harry Stebbings dit avoir étudié la chose de près, expliquant que la majorité des personnes écoutent les podcasts durant leurs trajets quotidiens, qui en moyenne durent 30 minutes. Il ajoute que 88% des utilisateurs qui ne terminent pas un épisode n’y retourneront pas par la suite. Le choix de la durée était donc fondamental, surtout pour la génération des millennials. «Le podcast permet aux jeunes de gérer et de contrôler leur temps avec efficacité, poursuit Harry Stebbings. C’est-à-dire écouter ce qu’ils veulent quand et où ils veulent, à la vitesse qu’ils souhaitent.»

Il continue à interviewer les plus grands venture capitalists du moment et a rejoint un de ses interlocuteurs, Fred Destin, comme cofondateur d’une nouvelle firme de venture capital: Stride.VC. Il est aujourd’hui le plus jeune associé dans le monde des VC.

Hollywood également présent

Mais le podcast n’est pas seulement prisé à la Silicon Valley. Hollywood s’y met aussi. L’acteur Alec Baldwin interviewe ses collègues et d’autres personnalités dans son podcast Here’s The Thing. Une des interviews les plus citées d’Elon Musk provient du podcast de Joe Rogan, un comédien américain qui fait un tabac avec son podcast The Joe Rogan Experience. Les deux hommes ont allègrement trinqué au whisky en discutant d’intelligence artificielle, parmi d’autres sujets, pendant presque trois heures. Elon Musk y fume aussi un joint, ce qui a créé un buzz énorme dans le monde de la tech – l’épisode a reçu plus de 16 millions de vues sur YouTube.

Un réseau social du podcast

Breaker, une start-up issue du prestigieux accélérateur Y Combinator, a misé sur cette vague sonore en créant une plateforme sociale où les utilisateurs peuvent découvrir ce que leurs amis écoutent. «Tout comme Instagram a facilité le partage, les likes et les commentaires des photos, nous permettons à nos utilisateurs de faire de même avec les podcasts», compare Erik Berlin, cofondateur et patron de la start-up basée à San Francisco. Erik Berlin affirme avoir environ 500 000 podcasts sur son application, en y ajoutant en moyenne 10 000 par mois.

Bien que ce ne soit pas l’argument de vente principal à la Silicon Valley, le podcast permet également aux personnes malvoyantes, âgées ou handicapées d’accéder facilement à des opinions et échanges intéressants grâce à ce format audio. «Je pense que ce média peut rendre l’information plus accessible, conclut Erik Berlin, qui est pratiquement aveugle d’un œil. Je ressens parfois de la fatigue visuelle devant l’ordinateur. Le podcast me permet de faire un break.»

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