«Cela n’a aucune importance si Miami se retrouve six mètres sous le niveau de l’eau dans cent ans. Amsterdam l’est depuis une éternité et c’est un très chouette endroit.» Stuart Kirk fait le buzz depuis une semaine dans les cercles de la finance durable. Le responsable des investissements durables de HSBC a affirmé la semaine dernière que «les investisseurs n’ont pas à se soucier du risque climatique». C’était même le titre de sa très vivante présentation dans le cadre d’une conférence sur la finance responsable. Seize petites minutes, dont on vous recommande vivement le visionnage. Ses propos iconoclastes vont probablement lui coûter son poste, voire sa carrière. HSBC l’a rapidement suspendu tout en se distanciant des propos de son cadre, pourtant apparemment validés en interne au préalable.

Stuart Kirk a-t-il voulu provoquer, divertir ou simplement s’écarter des banalités bien pensantes sur la finance durable? L’ancien journaliste (au Financial Times pendant sept ans) s’en est pris au «culte» de la fin du monde pratiqué par plus d’une banque qui souhaite vendre des fonds d’investissement «verts». A cette surenchère permanente du marketing de la peur digne du dernier des assureurs ou des vendeurs de systèmes d’alarme, qui insistent sur les statistiques de la criminalité pour pousser à l’achat.

Aucune conséquence

La polémique déclenchée par cette présentation montre l’impossibilité d’un autre discours que celui de la fin du monde, ou même d’une simple discussion. Peut-être car les grands paquebots bancaires veulent montrer qu’ils se sont engagés sur la voie des placements verts. Ou peut-être craint-on que le discours de Kirk décourage les individus de modifier leurs habitudes afin de moins polluer.

«Les mises en garde infondées, partisanes, égoïstes et apocalyptiques sont toujours fausses», dénonce également le probable futur ex-banquier. La conséquence de cet emballement: il doit consacrer l’essentiel de son temps à penser à quelque chose qui arrivera dans plusieurs décennies, alors qu’en pratique, cela n’a aucune importance pour une banque, selon lui. La durée moyenne d’un crédit accordé par HSBC est de 6 ans: «Ce qui se passe la 7e année n’a aucune importance». Alors dans vingt ans… Par ailleurs, plus on lit d’articles mentionnant l’expression «catastrophe climatique», plus les actifs risqués montent, avance-t-il encore.

Confiance dans l’humain

Sur les réseaux, cette histoire est pour le moins clivante. HSBC se fait aussi bien étriller pour avoir bâillonné Kirk que pour l’avoir engagé. Certains espèrent qu’il perdra son job, d’autres le voudraient promu au poste de premier ministre, ou même de roi. D’autres, enfin, le comparent aux lanceurs d’alerte qui avaient vu avant la crise de 2008 que les subprimes allaient faire exploser la finance mondiale.

Finalement, Stuart Kirk ne conteste pas l’évolution inquiétante du climat. Il est simplement persuadé que l’homme agira et s’adaptera, comme l’humanité l’a toujours fait. Si bien que des parades seront trouvées contre les effets du dérèglement climatique. Il recommande chaleureusement d’investir dans la transition écologique. D’agir, donc, le plus tôt étant le mieux. C’est peut-être cela qui fait peur à tant de monde.