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Visée par les sanctions américaines, et dirigée par un proche du Kremlin, l'entreprise Rosneft veut continuer à agrandir son bureau genevois. 
© Dmitry Kostyukov

Matières premières

Les sanctions américaines contre la Russie vont frapper le pétrole genevois

Le secteur du négoce se prépare à des complications, après les nouvelles mesures décidées cette semaine par Washington. Un premier round de sanctions, en 2014-2015, avait eu des effets désagréables

Les traders suisses qui traitent le pétrole russe doivent s’attendre à de nouvelles complications dues aux sanctions votées cette semaine par le Sénat américain, préviennent des experts du secteur basés à Genève. La quasi-totalité du brut russe vendu sur les marchés internationaux est commercialisée depuis la cité lémanique.

L’impact le plus immédiat touchera le financement des contrats pétroliers. Les nouvelles sanctions réduisent à 30 ou 14 jours, selon les catégories, la durée des financements qui peuvent être accordés aux entreprises ou personnalités russes visées, sous peine de gel des transactions si celles-ci sont effectuées en dollars.

«Du coup, il va parfois falloir abandonner les lettres de crédit au profit de prépaiements, plus risqués», explique une banquière spécialisée dans le marché russe, qui ne souhaite pas être citée nommément.

Lire aussi: A contrecœur, Trump promulgue de nouvelles sanctions contre la Russie

Une lettre de crédit garantit de façon quasi certaine le paiement par la banque de la contrepartie. Alors que le prépaiement, en cas de litige, doit se régler devant une cour arbitrale, avec un résultat incertain.

C’est devenu très difficile, avec plus de compliance, plus de vérifications, et l’obligation de se séparer de certains clients

Sergueï Lakoutine, avocat russe à Genève

Autre désagrément potentiel: «Un trader suisse qui voit sa contrepartie russe désignée par Washington, alors que le paiement est en train de s’effectuer en dollars, peut voir cet argent immédiatement bloqué» par les autorités américaines, note l’avocate Sarah Hunt, du cabinet genevois Holman Fenwick Willan (HFW), spécialisé dans le négoce. Le cas reste pour l’instant théorique, car Washington n’a pas encore publié la liste des entreprises et individus visés par les nouvelles sanctions.

Du temps, des efforts et de l’argent

Mais l’effet le plus important des sanctions est le temps et l’énergie que les traders et banquiers suisses doivent consacrer à sécuriser leurs transactions avec la Russie. «Il faut investir considérablement plus d’efforts, de temps et d’argent pour appliquer les systèmes de KYC («connais ton client») et s’assurer que l’on n’est pas en train de traiter avec une entité sous sanctions», conclut Sarah Hunt.

Un premier round de sanctions américaines contre la Russie, en 2014-2015, avait eu des effets désagréables pour le négoce pétrolier genevois. «C’est devenu très difficile depuis cette période, avec plus de compliance, plus de vérifications, et l’obligation de se séparer de certains clients», relève l’avocat russo-genevois Sergueï Lakoutine.

«La première vague de sanctions a frappé des contreparties, les contrats ont dû être sécurisés, les lettres de crédit remplacées dans certains cas par des prépaiements», complète un ancien employé du géant pétrolier russe Litasco, dont le pétrole est vendu à Genève.

IPP ferme boutique

En 2015, c’est la filiale genevoise de Rosneft, une société pétrolière jugée très proche du Kremlin, qui a été visée par des sanctions américaines. Une autre société genevoise, IPP, partiellement détenue jusqu'en 2014 par le milliardaire russe Gennady Timchenko, a dû fermer ses portes fin 2016 et licencier des employés, explique une personne qui connaît l’entreprise. Son numéro de téléphone a été désactivé et son codirecteur – en réalité un liquidateur d’entreprises – raccroche précipitamment lorsqu’on veut lui demander des nouvelles de la compagnie.

Personnellement visé par les sanctions américaines depuis 2014, Gennady Timchenko ne quitte plus guère la Russie, même si sa femme et son fils vivent toujours à Genève.

Ces désagréments n’empêchent pas le pétrole russe de continuer de couler à flots sur les marchés internationaux. Et les grands traders suisses occupent une position dominante dans sa commercialisation. «Tout le monde a trouvé la parade aux sanctions, sous forme de prépaiements», note l’analyste pétrolier genevois Mohab Kamel.

Rosneft a ainsi signé des accords de prépaiement à hauteur de plusieurs milliards de dollars avec les géants suisses du secteur, Trafigura, Glencore et Vitol, notait son vice-président Didier Casimiro au début de l’année dans une interview à Bloomberg. Il prédisait que l’importance de sa filiale genevoise, qui approvisionne notamment des raffineries allemandes, allait continuer de croître.

Lire aussi: Les Russes et la Suisse, une histoire d’amour faite de pétrole et d’argent


Cet article a été modifié après publication pour préciser que Gennady Timchenko s'est désengagé de la société genevoise IPP dès 2014. La date de la fermeture d'IPP à Genève a également été précisée. 

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