Pour l'avionneur européen Airbus, c'est un gros marché qui semble se dérober en raison des sanctions américaines. Jeudi, le président de la compagnie nationale Iran Air, Ahmad Reza Kazemi, a implicitement reconnu que les quatre Airbus A330 commandés en 1999 ne pourront pas être livrés à sa compagnie et qu'il devait se fournir ailleurs. «Nous avons reçu un Airbus A300-310 d'occasion et en attendons sept autres», a déclaré jeudi Ahmad Reza Kazemi au journal Kayhan. «Cet avion est le meilleur que nous sommes capables d'acquérir, compte tenu de ses capacités techniques et des sanctions contre notre pays», a-t-il ajouté.

Selon une source aéronautique à Téhéran, ce sont les sanctions américaines qui empêchent Airbus de livrer à l'Iran les A330 commandés lors de la visite du président Khatami à Paris en 1999, en raison de pièces américaines contenues dans les moteurs Rolls-Royce. Airbus de son côté n'a jamais confirmé cette vente, mais quatre appareils pour une «destination non révélée» figurent bien sur son cahier de commande, disponible sur Internet.

Du coup, Iran Air se trouve obligé de s'approvisionner ailleurs, avec des appareils d'occasion et de moindre capacité. Les deux premiers A300-310 proviennent des Emirats arabes unis et, d'après le ministre iranien des Transports, Mahmoud Hojjati, un contrat a été signé en Turquie pour les six autres, des A310-200.

Jusqu'au 7 décembre dernier, Iran Air annonçait son intention de commander quatre A330 supplémentaires durant l'année 2001. Selon le directeur de l'aviation civile, Behzad Mazaheri, cité par la presse, la facture auprès d'Airbus pour les huit avions se serait alors montée à 720 millions de dollars. Malgré un déficit annoncé pour l'an prochain de 52 millions, la compagnie iranienne doit rapidement renouveler sa flotte vieillissante, dont la plus grande partie est constituée de Boeing datant d'avant la Révolution de 1979 et qui n'aura bientôt plus le droit d'atterrir en Europe.

En tout, Ahmad Reza Kazemi estime avoir besoin d'une vingtaine de nouveaux long-courriers et a souvent désigné Airbus comme le bénéficiaire exclusif de ces commandes. Quant au budget iranien pour l'année persane 1380 (2001-2002), il alloue plus de 3 milliards de dollars au gouvernement pour l'achat d'avions et d'autres équipements (centrales électriques) à l'étranger. «S'il se confirme, le blocage du contrat des A330 peut provoquer un conflit majeur entre l'Administration américaine et la Commission européenne», estime un diplomate occidental en poste à Téhéran.