Crise

Les sanctions et les prix du pétrole asphyxient l’économie russe

L’industrie Russie tourne au ralenti, la consommation chute et les investisseurs quittent le pays. Certains experts voient toutefois poindre les signes d’une stabilisation

Les sanctions et les prix du pétrole asphyxient Moscou

Russie L’industrie tourne au ralenti, la consommation chute et les investisseurs quittent le pays

Certains experts voient toutefois poindre les signes d’une stabilisation

Pour les constructeurs automobiles, c’est la panne sèche: les ventes ont chuté de 38% en février en glissement annuel et PricewaterhouseCoopers prévoit une contraction du secteur de 35% en 2015. Au sein du gouvernement russe, on est encore plus pessimiste. Si aucune mesure de soutien n’est prise, le marché chutera de 50% cette année, a prévenu le ministre de l’Industrie Denis Mantourov, cité par les agences russes à l’occasion d’une conférence de presse.

L’Américain General Motors prépare déjà les valises. Jeudi, son président Dan Ammann a annoncé la fermeture de l’usine de Saint-Pétersbourg. Les marques Opel et Chevrolet – dont les ventes connaissent une chute de 74% – quittent la Russie. Seuls une poignée de modèles haut de gamme continueront d’être commercialisés. Les autres constructeurs font également grise mine: Ford, Renault, Volkswagen et Nissan réduisent drastiquement la production de leurs modèles bon marché.

Le premier ministre Dmitri Medvedev a réagi lundi en annonçant 390 millions d’euros d’aides pour soutenir le marché automobile. Les subventions visent à relancer la demande. D’une part en abaissant le coût des crédits automobiles; d’autre part à travers un programme d’achats de véhicules utilitaires par des structures publiques.

Dans les années 2000, le marché automobile russe croissait à une telle cadence que les experts s’attendaient à ce qu’il dépasse en taille le marché allemand à la fin de la décennie. Aujourd’hui, les investisseurs, qui s’étaient précipités pour localiser leur production avec des usines d’assemblage, encaissent les coups. «Le marché entre dans une phase très difficile actuellement, et février n’est que le début», estime Jörg Schreiber, directeur de Mazda Motor Rus.

Avec tous les indicateurs dans le rouge, le gouvernement s’attend à une contraction de l’économie de 3% en 2015, tandis que les experts prédisent une chute entre 3 et 6% du PIB. Beaucoup dépendra de l’évolution des prix du pétrole, qui, avec le gaz, représente plus de la moitié des ressources budgétaires du pays. Au niveau actuel de 55 dollars le baril, le déficit budgétaire se creuse.

Les grands chantiers d’infrastructure qui devaient stimuler la croissance connaissent tous des problèmes de financement: le cosmodrome de Vostotchni (destiné à remplacer Baïkonour), le gazoduc «Force de Sibérie» vers la Chine, la ligne ferroviaire à grande vitesse Moscou-Kazan ou encore les stades de la Coupe du monde de 2018.

D’autres projets emblématiques sont gelés ou annulés, comme la construction de stations de ski dans le Caucase, et le gazoduc South Stream.

Certains experts voient toutefois des signes positifs. Evgeny Gavrilenkov, économiste à la banque d’Etat Sberbank CIB, note que «le rouble a cessé de chuter, l’inflation d’accélérer, les problèmes de liquidités se résorbent et la substitution des importations s’est enclenchée». L’expression «substitution des importations» (le remplacement des biens manufacturés importés par des biens produits en Russie) est le maître mot des officiels russes. Mais après l’effondrement observé sur les douze derniers mois, il est un peu tôt pour parler de tendance durable. La majorité des experts continue de penser que la «substitution des importations» ne pourra commencer réellement que lorsque le climat d’investissement se sera amélioré et que les banques se remettront à fournir des crédits à des taux raisonnables. Pour cela, le Kremlin devra au préalable parvenir à une détente diplomatique et obtenir la levée des sanctions occidentales.

Avec tous les indicateurs dans le rouge, le Kremlin s’attend à un recul du PIB de 3% cette année

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