Au cœur des marchés

Le sang-froid, un critère fondamental

Les fondamentaux toujours solides ne justifient pas les mouvements de correction peu sélectifs comme ceux enregistrés en octobre

Les incertitudes qui se sont accumulées au mois d’octobre, dont l’attente des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, ont enclenché un pic de volatilité excessif. L’imprévisibilité qui nous vient de l’autre rive de l’Atlantique depuis 2016 a très probablement poussé les investisseurs à s’alléger des valeurs qui avaient accumulé le plus de gains, sans distinction systématique.

Le résultat des urnes a cependant salué un certain besoin de prévisibilité. Et, contrastant avec les semaines antérieures, la réaction directe des marchés a été modérée: marchés boursiers en hausse d’environ 1% (le marché américain plus de 2%), le dollar et les taux d’intérêt ont à peine oscillé. Le retour du sang-froid des investisseurs les ramène sur les priorités fondamentales que sont les perspectives de rendements associées à la profitabilité et à la création de la valeur ajoutée des entreprises. A cet égard, certes, les annonces des résultats du troisième trimestre, qui continuent de progresser à un rythme proche de deux chiffres dans la plupart des régions, temporisent un peu leurs perspectives.

Croissance modérée salutaire

Reflet de l’activité des entreprises, certains indicateurs fondamentaux, comme les commandes à l’exportation et à l’investissement, confirment cette prudence et exposent les premiers signaux de tassement. Or, mal interprété par les marchés à la recherche permanente d’accélérateur, ce retour vers une croissance modérée serait salutaire pour les Etats-Unis comme pour la Suisse, agités par des craintes de surchauffe.

Accélération de la productivité et maîtrise des coûts salariaux plaident encore en faveur des marges de profitabilité que les marchés ont récemment eu tendance à sous-estimer. En effet, malgré un marché du travail américain qui continue d’accumuler des créations d’emplois de plus de 200 000 unités par mois, la progression des salaires (oscillant autour de 3%) est résolument ancrée sur les anticipations conformes aux objectifs d’inflation de la Réserve fédérale. Les marchés obligataires, traditionnellement plus pondérés, ont ainsi peu réagi, mais ne manquent pas d’apprécier le retour de l’équilibre politique dans la gestion domestique économique.

La méthode systématique qui vise à capter les mouvements macro et à les réconcilier avec les particularités des sociétés permet de construire des convictions qui ne se laissent pas emporter par des mouvements de correction peu sélectifs tels qu’enregistrés en octobre. Face à une communication médiatique qui sollicite aujourd’hui plus volontiers le système nerveux que l’esprit critique, la communauté des financiers se doit de conserver le sang-froid si fondamental pour la stabilité du capital des entreprises, source indéniable de gestion à long terme de l’activité. Fondamentaux, faites-vous entendre!

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