Daniel Vasella prendra-t-il sa revanche après l'échec, il y a quelques années, de l'acquisition, par Novartis, d'Aventis, devenu depuis Sanofi-Aventis grâce au soutien du gouvernement français?

C'est possible. Les ventes de Plavix, le deuxième médicament le plus vendu de Sanofi-Aventis, avec un chiffre d'affaires annuel de plus de 1,5 milliard d'euros en Europe, ont de fortes chances de s'écrouler si Sandoz s'allie à la petite entreprise bâloise Schweizerhall pour en commercialiser une version générique. Récemment, la filiale de Novartis n'a pas caché son intérêt pour un solide partenariat avec le propriétaire de ce générique.

«Plavix est protégé par des brevets en Europe jusqu'en 2013», se défend Sanofi, qui «évalue toutes les options légales et réglementaires pour défendre ses droits de propriété intellectuelle». Reste que Schweizerhall semble sûre de son coup. Elle a annoncé l'accord imminent des autorités allemandes pour commercialiser un produit générique du Plavix contre les affections cardiaques. Les ventes devraient démarrer d'ici à fin juin en Allemagne, puis au Luxembourg avant de s'étendre à d'autres pays européens. Un accord a déjà été trouvé avec une entreprise qui dispose d'un réseau de distribution en Allemagne.

Les investisseurs sont aussi persuadés du sérieux de l'affaire. Ils ont fait plonger le titre Sanofi-Aventis de plus de 5% depuis l'annonce du projet alors que celui de Schweizerhall s'est valorisé de plus de 10%. Depuis le début de l'année, le titre Sanofi-Aventis a perdu près du quart de sa valeur, notamment en raison de la vulnérabilité des brevets de l'entreprise. Inversement, celui de Schweizerhall a augmenté de plus de 21%.

L'agressivité de la petite société bâloise a surpris les observateurs. Il est courant aux Etats-Unis de chercher la faille dans la protection d'un médicament de marque pour l'attaquer avant l'échéance du brevet principal. Mais cette manière de faire est peu commune en Europe. Schweizerhall, qui s'apprête à changer son nom en Acino, a profondément transformé son modèle commercial. Elle a abandonné ses activités chimiques pour renforcer, par acquisitions, son pôle de médicaments génériques.

David contre Goliath

La société bâloise a réalisé un chiffre d'affaires de 180,5 millions de francs, et a triplé son bénéfice l'an dernier. Le géant français Sanofi-Aventis a par contre engrangé un chiffre d'affaires de 7,11 milliards d'euros en 2007 (+ 1%). Ses dirigeants ont promis de redresser la situation grâce à 30 demandes d'homologation de médicaments d'ici à fin 2010.

Plavix avait déjà été brièvement attaqué en 2006 sur le marché américain par l'entreprise canadienne Apotex. Un médicament concurrent, proposé par Eli Lilly, jugé plus efficace, pourrait en outre être autorisé par les autorités américaines en juin.