Innovation

La santé digitale a poursuivi son expansion en 2016

Prévention, trackers de données médicales, traitement, la santé digitale concerne toute la chaîne des soins. Le secteur a reçu 8 milliards de dollars d’investissements en 2016

Le rachat a été aussi discret que symbolique. En août dernier, le magazine «Fast Company» révélait qu’Apple avait fait l’acquisition de Gliimpse, une plateforme de collecte et de partage de données médicales. L’opération confirme les ambitions du géant de Cupertino dans le domaine de la santé digitale alors que sa plateforme HealthKit est disponible depuis 2014 et que l’Apple Watch permet de mesurer son rythme cardiaque grâce à l’application Cardiogram. Dans le même temps, elle illustre le dynamisme d’un marché où des acteurs majeurs (Google qui a noué un partenariat avec Novartis, IBM associé aux pharmacies CVS) cherchent leur place.

L’état des lieux annuel dressé par l’incubateur Startup Health estime à plus de 7500 les start-ups de l’e-santé dans le monde, certaines comme 23andme ou ZocDoc valorisée à plus d’un milliard de dollars. Le secteur a reçu 8 milliards d’investissements en 2016. Des chiffres dans la lignée de 2015 et 2014 annonce au Temps, Unity Stoakes, le fondateur de Startup Health. Son incubateur finance une «armée» d’entrepreneurs pour «réinventer» la santé.

Dynamique mondiale

Le mouvement a déjà démarré selon lui. Cinq facteurs ont contribué à ce «moment de transformation pour l’innovation dans la santé». D’abord, l’Obamacare, l’assurance santé pour tous, a rompu avec les business-model traditionnels, ouvrant la porte à de nouveaux entrants. Le vieillissement de la population a fait évoluer la demande de soins. L’arrivée d’entrepreneurs avides de changer une industrie jugée inefficace (coût, temps) ainsi que les progrès des technologies portables ont aussi joué un rôle. Enfin, le marché bénéficie d’une dynamique mondiale, bien au-delà de la seule Silicon Valley.

Si la télémédecine reste l’un des chouchous des investisseurs (Teladoc qui offre un accès 24 heures sur 24 à des médecins par téléphone ou visioconférence est entrée en bourse à l’été 2015), rien n’échappe au spectre de l’e-santé: mise en relation patient-médecin, fitness, conseils santé, suivi des soins, analyse des données médicales, traitement à l’hôpital, convalescence à domicile…

Les grandes idées ne suffisent plus

«Une tendance forte concerne l’exploitation de données et la mise en place de soins personnalisés pour ajuster les comportements et aider les gens à rester en bonne santé», commente Stoakes. BlueStar, qui analyse les données entrées par les patients diabétiques, aide à la gestion de leur maladie. Autre exemple, Adheretech, une bouteille connectée qui s’assure de la prise des médicaments par son utilisateur aux heures requises.

«Je pense que la santé digitale a atteint un point où de grandes idées ne suffisent plus», relativise Jonah Comstock, rédacteur en chef de la publication spécialisée MobilHealthNews. «Les clients, les systèmes de santé, les assureurs, l’industrie pharmaceutique veulent voir des données solides avant d’acheter et ils veulent des échelles de prix qui garantissent des résultats».

Un temps valorisé à plus de 4 milliards de dollars, Theranos l’a appris à ses dépens. La firme, qui dit pouvoir mener une analyse de sang complète à partir de quelques gouttes, a fait face cette année à des attaques mettant en cause la précision de sa technologie. Theranos ne vaudrait plus rien selon Forbes.

Oscar Health devait réinventer l’assurance-santé. Destiné aux hipsters, Oscar donne un dollar par jour à ses assurés s’ils atteignent leurs objectifs de forme mesurés par Fitbit. Le groupe perd aujourd’hui des dizaines de millions de dollars par an.

Pour la Silicon Valley, la santé constitue un challenge comme les autres: une industrie faillible que la technologie peut corriger. Mais compte tenu de l’enjeu – la vie humaine – et des régulations – l’agence américaine du médicament –, révolutionner le secteur demandera plus de temps que de bouleverser ceux des transports (Uber) ou du tourisme (Airbnb). «En temps normal, la devise d’une start-up est «échouez vite et échouez souvent». Ici, ce serait plutôt «l’échec n’est pas une option», analyse Comstock.

Dossier
Santé personnalisée: espoirs et enjeux

Publicité