Davos 2018

La santé redéfinie par les technologies

Des pilules connectées aux ambulances 5G en passant par les robots chirurgiens… A Davos, les patrons de Microsoft, Pfizer ou encore Nokia ont dessiné la santé de demain

Crise cardiaque. Une personne s’effondre dans la rue. Avant même qu’elle n’atteigne le sol, une puce intégrée à son organisme prévient les services de secours les plus proches. L’ambulance dépêchée sur place scanne le patient et envoie toutes les données à l’hôpital via le réseau 5G. Le temps que le patient y arrive, les équipes soignantes connaissent déjà le détail de tous ses paramètres vitaux et gagnent un temps précieux pour procéder aux soins.

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Mercredi matin au Forum économique mondial, le patron de Nokia a donné un second exemple de la manière dont les technologies allaient prochainement bouleverser notre rapport à la santé. «Le seul chirurgien capable de vous soigner est à Chicago et vous êtes à Taïwan? Dans quelques années, il pourra vous opérer quand même grâce à la chirurgie robotisée pilotée à distance», prédisait Rajeev Suri.

Autour de lui, Albert Bourla, Satya Nadella et Michael Neidorff hochent la tête. Les patrons respectifs du géant pharmaceutique Pfizer, du groupe technologique Microsoft et de l’assureur américain Centene étaient réunis à Davos pour discuter de la santé à l’heure de la quatrième révolution industrielle. Et si l’on sent au WEF une méfiance grandissante de la part du monde économique et financier pour les nouvelles technologies, l’industrie de la santé, elle, y voit un brillant avenir.

Deux silos qui entrent en collision

Résumé simplement, la technologie et la santé sont deux domaines qui ont longtemps existé dans des silos différents et entrent aujourd’hui en collision, imageait Abert Bourla. Surtout, ajoutait le patron de Pfizer, dans ce secteur, tout coûte tellement cher qu’une petite mesure peut déjà avoir un impact massif. Exemple avec les biosenseurs. «Si les diabétiques américains avaient les moyens de mieux surveiller leur taux de glucose, nous pourrions éviter 700 000 visites aux urgences et 340 000 hospitalisations par année», a-t-il calculé. De quoi réaliser une économie de 47 milliards de dollars – soit un peu plus de la moitié des dépenses annuelles suisses dans le domaine de la santé.

Comme le soutenait le patron de Nokia, il s’agit en fait de passer d’une médecine réactive à une médecine proactive. «La plupart des maladies chroniques (ndlr: qui entraînent plus de 60% des décès dans le monde) pourraient être mieux traitées, mieux suivies. Nous travaillons sur des appareils non invasifs capables de mesurer de très nombreux signes vitaux, ce qui devrait réduire le nombre de consultations médicales et de tests sanguins.»

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Aujourd’hui, ces «wearables» sont surtout des instruments de loisirs qui mesurent le pouls ou le nombre de pas. «Demain, ils concerneront le domaine de la santé et seront validés par la FDA [ndlr: Food and Drug Administration américaine].» C’est d’ailleurs déjà le cas. En novembre dernier, l’agence américaine a autorisé la mise sur le marché de la première pilule «connectée», un antipsychotique capable d’émettre un signal électronique grâce aux sucs gastriques.

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Les nouvelles technologies auront certes un impact direct sur le patient mais également sur la recherche. Selon Satya Nadella de Microsoft, la plus grande difficulté rencontrée aujourd’hui dans la quête d’un remède au cancer est simplement d’intégrer les multiples avancées qui se font simultanément aux quatre coins de la planète. «Lorsqu’ils sortent de leurs études, les médecins ne sont parfois même plus à jour avec les recherches les plus récentes», regrettait-il. A l’image du logiciel Watson d’IBM, une intelligence artificielle sophistiquée peut en revanche agréger toutes ces données et simplifier le travail des scientifiques.

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Albert Bourla, de Pfizer, concluait: «Dans ce secteur, le futur est lumineux mais je ne suis pas sûr que l’on mesure aujourd’hui l’étendue des possibilités.» Une seule certitude: «toutes ces transformations auront un impact colossal sur chacun des acteurs du monde de la santé…»

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