Des pays qui commencent à s'en sortir, ça met les institutions d'aides financières internationales dans le pétrin. Cette réalité s'applique plus particulièrement au Fonds monétaire international (FMI) dont quelques gros créanciers viennent de rembourser leurs dettes et ne veulent plus de ses conseils.

En pleine croissance économique, l'Argentine a coupé le cordon ombilical avec le FMI en lui remboursant sa dette de 9,9 milliards de dollars en décembre 2005, avant l'échéance. C'est pour cette raison précise que l'institution vient de fermer son bureau de Buenos Aires. Le Brésil a remboursé 15,5 milliards de dollars. Idem pour la Russie qui, grâce à des revenus pétroliers surabondants, a effacé une ardoise de 3,3 milliards. De plus, plusieurs pays - Ukraine, Pakistan, Indonésie, Uruguay, Serbie et Monténégro - ont annoncé qu'ils ne solliciteraient plus de nouveaux crédits.

Résultat, selon Bruno Gurtner, économiste chez Alliance Sud, une coalition d'organisations non gouvernementales suisses, les montants à recouvrer du FMI ont chuté de 90 milliards de dollars en avril 2004 à 31 milliards en janvier 2006. Le Fonds se trouve ainsi avec une montagne de dollars sur les bras - 162 milliards - qu'il aimerait prêter mais qui ne trouvent pas preneur. En 2005, il a avancé à peine 2,5 milliards, principalement aux pays les plus démunis d'Afrique et d'Asie, ceux qui peinent à rembourser leurs dettes.

La baisse de prêts et de crédits globaux est une bonne nouvelle en soi. Mais pour le FMI qui finance son budget de fonctionnement - 1milliard de dollars - à partir des intérêts encaissés, c'est la catastrophe. Le remboursement anticipé du Brésil, par exemple, le prive de 60 millions en 2006.

«Le FMI se trouve dans la position des pompiers qui n'ont pas d'incendie à éteindre», avait récemment expliqué au Temps le professeur Charles Wyplosz à l'Institut de hautes études internationales à Genève. Il s'agit bien d'une nouvelle situation qui le contraint à s'interroger sur son avenir. Ce sujet fera l'objet des discussions lors de son assemblée générale du printemps, conjointement avec celle de la Banque mondiale, ce week-end à Washington.

Un autre sujet, tout aussi brûlant, sur l'avenir du FMI est aussi sur la table. «Avec 14% de la population mondiale, les pays industrialisés disposent de 60% des droits de vote. Ceux-ci se partagent aussi les postes clés», explique Bruno Gurtner. Dans un article publié ce jeudi dans le Financial Times, l'économiste américain Jeffrey Sachs avance que les droits de vote doivent être redistribués, notamment en faveur des poids lourds asiatiques. Cela se ferait inévitablement au détriment des pays européens.

Depuis sa création en 1945, les Etats-Unis détiennent 17% des droits de vote, suivis du Japon (6,16%), de l'Allemagne (6,02%), de la Grande-Bretagne (4,97%) et de la France (4,97%). La Chine, 3e puissance commerciale, n'en a que 2,95%. Au FMI, la Belgique, avec un produit intérieur brut de 352 milliards de dollars par année, pèse plus lourd que le Brésil, l'Inde, le Mexique ou encore la Corée du Sud.

Cette situation incongrue n'est pas contestée. Pour Mervyn King, gouverneur de la Banque d'Angleterre, «le FMI sombrerait dans l'obscurité s'il n'y avait pas de réformes». Les Européens admettent timidement ce fait et souhaitent une «solution discutée». Pour Bruno Gurtner, les pays riches font tout pour esquiver ce débat de légitimité. Il estime par ailleurs que le siège suisse à la table de direction du FMI serait en péril en cas de réorganisation.

Force est de constater que les débats de ce week-end ne s'annoncent pas sous les meilleurs auspices. Agacé par une critique faite jeudi soir par le chef économiste du FMI sur l'économie américaine, Washington a réagi en lui demandant de remplir son rôle initial de gendarme des équilibres monétaires internationaux. C'est-à-dire presser la Chine de réévaluer sa monnaie.