Pour gérer plus de 5 milliards de dollars en petites capitalisations, Tucker Scott a préféré la Vieille-Ville de Genève à la Floride. C'est le seul gérant de Franklin Templeton établi en Suisse. C'est aussi un des rares qui parle le français, il le perfectionne avec sa femme, une Romande. Avec deux collègues, basés respectivement au Canada et à Edimbourg, ils forment une équipe responsable de plusieurs fonds, dont le Templeton Global Smaller Companies Fund, un produit de droit luxembourgeois. Tucker Scott gère aussi un fonds de droit américain qui, selon Morningstar, fait partie du petit pour cent des fonds affichant la plus forte performance sur 3 ans.

Le Temps: L'inflation est une menace qui pèse sur les marchés boursiers. Achetez-vous des titres qui en profiteront?

Tucker Scott:Non. Les entreprises positionnées pour bénéficier de l'inflation, soit les sociétés minières et des métaux, sont beaucoup trop chères. Elles se traitent aujourd'hui en Bourse à un prix qui correspond à deux ou trois fois ce qui est nécessaire pour établir de nouvelles capacités de production. Un tel niveau ne pourra pas être maintenu. Tôt ou tard, de nouvelles capacités vont être ajoutées, ce qui pèsera sur les prix des matières premières.

- Vous êtes également responsable du secteur du papier et de la pâte à papier. Ce secteur des matières premières est-il aussi surévalué?

- Chez nous, chaque gérant de fonds est aussi analyste financier. Ce secteur a échappé à la surévaluation. Les investisseurs se sont concentrés sur les domaines qui profitent le plus de la croissance en Chine et en Inde, comme l'acier ou le cuivre. Mais ils ont laissé de côté le papier, qui pourtant enregistre dans ces deux pays des croissances des chiffres d'affaires comprises entre 10% et 12%.

- Qu'achetez-vous dans le secteur?

- Le fonds détient une société norvégienne, Norske Skog, qui produit du papier pour les périodiques et les journaux. En divisant son cash-flow libre par sa capitalisation on obtient un impressionnant rendement de 15%. Et la société est encore en début de cycle. Pour elle, comme pour tous les titres que nous analysons, nous cherchons à connaître la valeur normalisée du titre. Pour ce faire, nous lissons sur cinq ans les bénéfices de l'entreprise. Nous ne voulons pas considérer les pointes de bénéfices, propres aux cycles économiques. Pour Norske Skog, ce rendement des cash-flows libres lissés pourrait atteindre les 20%.

- Pourquoi avez-vous préféré Genève à la Floride?

- Lorsque je suis entré chez Templeton, il y a 10 ans, l'écrasante majorité des actifs que nous gérions était placée auprès d'investisseurs d'Amérique du Nord. Aujourd'hui, l'Europe a pris plus d'importance. Nous avons décidé de nous rapprocher de cette partie de notre clientèle. Je suis également analyste pour le secteur des services commerciaux, à savoir les entreprises qui en servent d'autres, comme le travail temporaire, la sécurité ou l'inspection. La plupart des entreprises que j'analyse sont en Europe, être à Genève est donc particulièrement intéressant.