Premier président français à participer en chair et en os au Forum de Davos, Nicolas Sarkozy y trouvera, le 27 janvier prochain, une tribune idéale pour marteler son nouveau message: la lutte contre le «désordre monétaire» qui, a-t-il dit jeudi, «est devenu inacceptable».

«On ne peut pas gagner de la compétitivité dans nos entreprises en Europe, et avoir un dollar qui perd 50% de sa valeur en euros. […] C’est un très grand chantier qu’il faudra ouvrir», a-t-il déclaré lors d’une conférence sur le «nouveau capitalisme» à Paris. La France entend porter le problème devant le G8 et le G20, qu’elle présidera en 2011.

Les exportateurs français se plaignent régulièrement de la force de l’euro. Serge Dassault a ainsi estimé jeudi qu’elle handicapait son avion de combat Rafale, engagé dans une féroce compétition au Brésil face à ses concurrents américain et suédois.

Nicolas Sarkozy appelle de ses vœux un système «multimonétaire» qui serait le pendant financier du monde «multipolaire». «Un système centré sur le dollar avait peut-être du sens au XXe siècle mais il n’en a plus au XXIe», approuve le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, qui participait aussi au colloque parisien.

Mais d’autres experts sont plus sceptiques sur les chances de stopper la chute de la monnaie américaine face à la devise européenne. En raison, notamment, du besoin des Etats-Unis d’exporter pour compenser l’affaissement de la demande intérieure, «la tendance spontanée et durable est celle de l’appréciation de l’euro par rapport au dollar», souligne la banque Natixis dans une note datée du 6 décembre dernier.

La banque ajoute qu’il est «très difficile d’affaiblir l’euro» – la seule solution raisonnable consisterait à augmenter l’investissement des entreprises, de manière à creuser le déficit commercial de l’Europe avec le reste du monde. Mais, vu la faiblesse de la demande européenne, «les entreprises privées n’ont pas besoin d’investir», et l’euro risque de continuer à grimper.

Pour Patrick Artus, chef économiste chez Natixis, le «statu quo monétaire» est en fait «dans l’intérêt de tout le monde». Ainsi, «une réévaluation du yuan conduirait la banque centrale chinoise à acheter moins de dollars sur le marché des changes, ce qui aboutirait, certes, à une dépréciation de l’euro face au yuan, mais aussi à son appréciation face au dollar – l’euro s’envolerait à 1,80 dollar d’après nos calculs», expliquait-il récemment au Figaro. Ce serait une entrée bien douloureuse dans le monde «multimonétaire» cher à Nicolas Sarkozy.