C’est du jamais vu en Suisse. Swisscom demande désormais à ses clients d’utiliser les réseaux de téléphonie «de manière judicieuse et raisonnable». L’objectif, c’est d’éviter au maximum une saturation de ces réseaux, comme c’est survenu de manière ponctuelle lundi et mardi. L’opérateur affirme qu’il n’y a cependant pas de risque que les réseaux internet soient engorgés.

Le boom du télétravail a ainsi des conséquences concrètes sur les réseaux, extrêmement sollicités depuis lundi. «Il y a une augmentation énorme de la surcharge de l’infrastructure des réseaux fixes et mobiles. Le lundi matin, certains appels de clients privés et d'entreprises n’ont pas pu être établis dans certains cas. Les appels de téléphonie mobile et fixe ont été impactés», détaille un porte-parole. Lundi, Swisscom dit avoir enregistré trois fois plus d’appels sur le réseau mobile que d’habitude.

Mesures techniques

Le souci a donc concerné les appels, qu’ils aient été émis depuis un poste fixe ou un téléphone mobile. «Nous sommes en train de prendre tout un ensemble de mesures techniques pour augmenter nos capacités, poursuit le porte-parole. Nous ne pouvons pas garantir qu’il n’y aura pas de nouveaux épisodes de saturation, mais nous faisons tout ce que nous pouvons pour les éviter.»

Des mesures techniques, donc, mais aussi un appel aux clients. «Nous sommes convaincus qu’ensemble – et en faisant preuve de prévenance les uns envers les autres – nous relèverons les défis, ce qui implique toutefois également une utilisation raisonnable et responsable de tous les réseaux de télécommunications», affirme l’opérateur. Swisscom exhorte donc à ne pas effectuer d’appels durant les «heures de bureau» qui pourraient être décalés au soir, par exemple. L’opérateur demande aussi à ses clients de ne pas transférer des volumes de données massifs – par exemple pour du streaming vidéo en 3G, 4G ou 5G lorsqu’un réseau wi-fi est disponible. En France, la faîtière des télécoms a adressé la même requête à la population.

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Pas de risque pour les données

La semaine dernière, Urs Schaeppi, directeur de Swisscom, affirmait qu’il n’y avait aucun risque de saturation des réseaux. Où est la vérité, dans ce cas? «Il n’y a aucun risque pour le transfert des données, que ce soit sur le réseau fixe ou le réseau mobile, répond le porte-parole de l’opérateur. Nous demandons juste à nos clients de ne pas utiliser à outrance les réseaux mobiles lorsque ce n’est pas nécessaire.» Le télétravail, en soi, ne génère pas un volume de données important, poursuit le porte-parole: ce sont surtout les vidéoconférences et le streaming qui sont gourmands en données. Mais il n’y a aucune crainte à avoir pour internet en Suisse.

Par ailleurs, les opérateurs ne peuvent pas, légalement, limiter l’accès à certains services, par exemple gourmands en bande passante. Mais le Conseil fédéral pourrait, dans une situation extraordinaire, les y contraindre. Ce n’est pas le cas actuellement.

Lundi, le Parti pirate suisse demandait plusieurs mesures aux opérateurs télécoms, dont l’augmentation, «tant que possible de toutes les capacités de bande passante à au moins 20 Mbit/s». C’est pour l’heure exclu pour Swisscom, qui ne compte pas faire de geste commercial temporaire en faveur de ses clients.

Gestes d’UPC et Salt

Ces gestes, ses concurrents le font. Ainsi, mardi, UPC annonçait que du 19 mars au 30 avril, tous ses clients internet profiteront d’une vitesse de connexion d’au moins 100 Mbit/s, sans supplément de prix. Environ 165 000 clients du câblo-opérateur profiteront de cette offre spéciale. UPC affirme qu’il est «très bien préparé à supporter une charge de réseau plus importante et à répondre à la demande».

Lundi, Salt annonçait qu’il allait fournir «temporairement à tous ceux qui disposent d’un plan tarifaire de données restreint un upgrade vers un accès illimité à l’internet mobile en Suisse, jusqu’au 31 mai 2020, et ce sans coût supplémentaire». La mesure concerne les abonnés au service Business de l’opérateur.