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Sauf accident, la BCE arrêtera ses rachats de dette fin décembre

Guettée depuis des mois, cette sortie progressive du «Quantitative Easing (QE)» passera par une décrue de son rythme entre octobre et décembre, à 15 milliards d’euros mensuels contre 30 milliards actuellement

La Banque centrale européenne a décidé jeudi d’arrêter à la fin de l’année son vaste programme de rachats d’actifs, pour peu que les prochains mois «confirment» la progression de l’inflation en zone euro.

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Cette sortie progressive du «QE», c’est-à-dire du rachat massif par la BCE de dettes publiques et privées, passera à 15 milliards d’euros mensuels entre octobre et décembre, contre 30 milliards actuellement. Réunie à Riga, en Lettonie, la Banque centrale européenne se ménage toutefois la possibilité de changer de cap, conditionnant l’abandon du QE à des données «confirmant les perspectives d’inflation» à moyen terme.

Lutte entre «faucons» et «colombes»

Cette précaution de langage, loin d’être anecdotique, signe «un compromis de Salomon» au sein de l’institut, en ménageant «une porte de sortie» si la situation devait se dégrader, décrypte Carsten Brzeski, économiste chez ING Diba. «Bien joué», juge-t-il, alors qu’une lutte sourde oppose depuis longtemps les «faucons» de la BCE, favorables à un durcissement de sa politique monétaire, aux «colombes» appelant à la prudence.

L’arrêt du QE demeure par ailleurs un préalable à une première remontée «bien après» des taux directeurs de la BCE, qui interviendra au plus tôt à la fin de l’été 2019, a précisé l’institution.

Les tensions commerciales créent des «incertitudes croissantes»

La BCE a par ailleurs abaissé jeudi sa prévision de croissance en zone euro pour 2018, à 2,1% contre 2,4% auparavant, mais s’attend désormais à une inflation à 1,7% cette année et l’an prochain, contre 1,4% auparavant.

L'institution monétaire intègre ainsi le coup de froid enregistré au premier trimestre sur la conjoncture, ainsi que les «incertitudes croissantes» nées des tensions commerciales entre Washington et ses principaux partenaires.

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Pour l’an prochain, elle attend toujours une hausse du PIB de 1,9% en zone euro, suivie d’un ralentissement à +1,7% l’année suivante. Le ciel se dégage en revanche côté inflation – seul critère explicitement prévu dans le mandat de la BCE –, avec une remontée stimulée par les prix de l’énergie mais aussi les hausses de salaires.

L’institution prévoit désormais une évolution des prix calée sur +1,7% dans les trois prochaines années, proche de son objectif d’une inflation légèrement inférieure à 2% à moyen terme.

La BCE se retrouve ainsi dans une situation inverse à celle de l’année dernière, au cours de laquelle elle n’avait cessé de relever ses prévisions de croissance et d’abaisser ses pronostics d’inflation, perplexe face à cette configuration économique atypique.

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