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Saurer: les manœuvres qui ont précédé une opération juteuse

Le hedge fund britannique Laxey a tout fait pour brouiller les pistes avant de vendre sa part dans Saurer. L'analyse des transactions montre que certains investisseurs ont fait une très bonne affaire.

Si le potentiel de Saurer est incertain pour son nouvel actionnaire principal Oerlikon (ex-Unaxis), la vente-surprise des 24% d'actions détenus par Laxey est à coup sûr très juteuse pour ce hedge fund britannique. «Il a fait une opération extrêmement profitable, estime Stefan M. Kremeth, directeur exécutif et responsable du «sales Trading» chez Sal. Oppenheim à Zurich. On voit bien que le but du fonds n'était pas nécessairement la solution industrielle, mais la réalisation d'un gain financier substantiel.»

Trois grosses transactions

Plusieurs jours avant l'annonce, de nombreux indices trahissent des opérations basées sur des informations privilégiées. Entre le 24 et le 28 août, le site de la Bourse suisse répertorie pas moins de trois grosses transactions d'achats de titres Saurer par un ou des membres du conseil d'administration, pour un total de 18 millions de francs. L'achat de ces 188000 titres pour le compte du ou des membre(s) non exécutif(s) du conseil a été effectué, pour les trois transactions, par des «fonds sous gestion discrétionnaire de Laxey Partners Limited et de membres additionnels du consortium».

Qui, précisément? Des observateurs n'hésitent pas à désigner Preston Rabl, patron de Laxey, nommé le 11 mai au conseil d'administration de Saurer.

Brouiller les pistes

Laxey et ses alliés ont-ils acheté massivement des titres à bon marché pour faire monter le prix, avant de les vendre à 120 francs à Oerlikon? Il est en tout cas frappant de constater que Laxey a tout fait pour brouiller les pistes avant de vendre, laissant entendre à plusieurs reprises, dans la SonntagsZeitung de dimanche dernier notamment, qu'il veut se comporter en «investisseur actif» évaluant trois stratégies à long terme.

Au moment où les transactions évoquées plus haut avaient lieu, l'action de Saurer bondissait de 24%. Les volumes ont explosé: un demi-million de titres échangés le 5 septembre.

Cette envolée du cours, souligne un spécialiste des produits dérivés, a clairement été amplifiée par le négoce d'options sur Saurer: Swissquote indique plus de 20 émissions de «calls» Saurer avec des prix d'exercice et des dates d'expiration divers.

Lorsque les émetteurs d'options observent un mouvement sur un titre, ils émettent des warrants, parfois même à court terme pour profiter de la nouvelle, de sorte que le titre monte, et que l'on voit toujours plus d'acheteurs arriver, ce qui entretient la hausse. Là aussi, on peut s'interroger sur les gains réalisés par des «insiders» au bénéfice d'options meilleur marché (acquises avant tous les autres) sur les informations concernant l'arrivée d'Oerlikon.

Un warrant très lucratif

D'après un spécialiste, Oerlikon elle-même aurait entamé le mouvement en acquérant des options pour les exercer et obtenir ainsi plus de 50% des droits de vote en cas d'assemblée générale extraordinaire. Dans son sillage, des spéculateurs ou des initiés seraient intervenus.

Pourquoi? Parce que les warrants permettent non seulement de profiter de l'appréciation du titre sous-jacent, mais en plus d'obtenir un effet de levier qui démultiplie les gains. Sur un warrant Saurer, 1 franc investi permet de réaliser au moins 14 fois plus que sur le titre.

L'un des warrants les plus lucratifs sur Saurer est celui émis par la banque Vontobel le 30 août. Avec un prix d'exercice («strike») de 110 francs, sa maturité est très courte: un mois et demi. Son «gearing», ou multiplicateur de gains par rapport à l'action sous-jacente, est de 41,52. Ce warrant valait 12 centimes le 30 août, et le titre 96,8 francs. Le 5 septembre, le titre atteignait 114,2 francs, soit une hausse de 17,97%. Le warrant valait 55 centimes mardi. Il a réalisé un gain de 358%.

«Pas net»

Outre le premier cercle de privilégiés, il est possible d'affirmer qu'un cercle plus large d'investisseurs ont spéculé sur l'avenir de Saurer: les rumeurs sur l'intérêt d'Oerlikon étaient publiques depuis mars 2005. «Comme d'habitude, en Suisse, une transaction n'est jamais nette. Il y a toujours des gens qui savent et qui ne peuvent garder le secret, constate un conseiller en placement. Ce sera le cas jusqu'à ce que la loi sévisse sérieusement.»

A présent, Oerlikon se retrouve avec un investissement qui a peu de chances de s'apprécier sur des bases fondamentales, estime Stefan Kremeth: «Pourtant, ajoute le spécialiste, je suis convaincu que l'action Saurer a des chances de s'apprécier.» Il explique que l'emprunt potentiel de titres Saurer par Oerlikon, destiné à hisser ses droits de vote au-dessus de 50%, va probablement les raréfier sur le marché et «peut engendrer une spirale haussière, d'autant que les courtiers qui sont obligés de couvrir le risque d'options à couverture partielle doivent racheter des actions dès que le cours monte».

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