«Nous attendons une croissance significative dans tous nos secteurs d'activités, principalement dans la division textile cette année», assure Heinrich Fischer, directeur général de Saurer. Les dirigeants du groupe ont préféré axer la présentation, jeudi, devant la presse, sur leurs ambitions pour le futur que de s'étendre sur les résultats de l'an dernier. Le groupe thurgovien a en effet subi de plein fouet les ondes de choc des crises asiatiques et russes. Plus aucun client n'a voulu acheter de nouvelles machines à tisser. Du coup, le groupe a enregistré un recul de ses ventes, l'an dernier de près de 20% à 1,4 milliard de francs. Et c'est surtout ce secteur clé, celui des machines textiles qui a le plus plombé les résultats du groupe. Son chiffre d'affaires a chuté de 1,2 milliard à 919 millions. La perte opérationnelle du groupe s'est élevée à près de 62 millions de francs, soit une baisse de 4,5%, contre un bénéfice de quelque 81 millions en 1998. En revanche, son secteur des composants s'est maintenu à 469 millions, presque au même niveau qu'en 98 qui s'établissait alors à près de 502 millions. Le recul du bénéfice brut du groupe de 429 millions à 289 millions de francs est essentiellement dû à la pression sur les prix et aux volumes en baisse, a expliqué Ernst Kessler, chef des finances.

Il est encore trop tôt pour dire si l'acquisition de l'allemand Barmag par Saurer (une prise de participation de 75%) à la fin de l'an dernier, aura un effet positif sur le groupe. Les chiffres devraient être consolidés au mois de mai. «Ce rachat a un sens, estime pour sa part Arnaud Girardin, analyste qui suit le titre chez Lombard, Odier & Cie. Il a été effectué à une bonne période, à un moment où la société était à la recherche d'une solution.»

Si Saurer est le numéro un des machines à tisser pour les fibres naturelles, Barmag est, lui, spécialiste dans le synthétique pour des applications industrielles destinées aux ceintures de sécurité pour les voitures. «C'est un bon parti pour Saurer qui a remporté la mise face à son concurrent Rieter, qui lui a déjà des activités dans les fibres synthétiques, renchérit Frank Oliver Jüdt, analyste chez Actienbank. Les dirigeants de Barmag ont choisi la complémentarité que leur offrait Saurer.» D'ailleurs, Heinrich Fischer a souligné que la synergie entre les deux sociétés devrait permettre de dégager une trentaine de millions de francs.

Trois secteurs d'activité

pour se diversifier

L'optimisme d'Heinrich Fischer s'appuie sur les entrées de commandes qui ont augmenté de 43% pendant les trois premiers mois, à 453 millions de francs. Le chiffre d'affaires a en conséquence progressé pendant cette période à plus de 46% à 393 millions de francs contre 270 millions à la même époque l'an passé.

Le secteur textile a aussi connu une progression de 61%, à 256 millions de francs. Une lente reprise se dessine aussi dans les systèmes d'entraînement. La firme a annoncé qu'elle les fournirait prochainement pour l'Audi A6. L'autre segment d'activités de Saurer, les technologies de surface – la plastification de pièces – devraient également connaître une évolution positive, d'après le groupe. La hausse de 6 à 7% de la consommation de plastique est à l'origine de ce potentiel de croissance.

Le groupe thurgovien a choisi d'avoir ces trois secteurs d'activités pour se diversifier. Mais il ne cache pas qu'à terme, il pourrait faire de nouvelles acquisitions ou coopérations dans ses deux secteurs que sont les systèmes d'entraînement ou les technologies de surface, pour grossir encore et devenir suffisamment attrayant dans un marché où il ne reste plus que quelques acteurs.