En théorie, Yannis Stournaras n’aurait pas dû se trouver là. Cet ex-technocrate et économiste respecté, bien connu à Bruxelles, y a depuis deux ans, participé à plusieurs panels sur la crise de la dette hellénique.

A l’issue des législatives du 17 juin, le premier ministre et chef du parti vainqueur de la Nouvelle Démocratie (droite), Antonis Samaras, avait choisi comme ministre des Finances Vassilis Rapanos, 65 ans, ancien patron de la Banque nationale de Grèce, première du pays. Mais ce dernier, malade, a déclaré forfait. Et Yannis Stournaras, qui assurait l’intérim entre le premier scrutin du 6 mai 2012 et celui de juin, s’est vu confirmé dans ses fonctions de grand argentier.

Ce jeudi matin, il doit convaincre la «troïka» (Commission, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international), dont le rapport d’évaluation du plan de sauvetage de la Grèce est attendu pour la mi-septembre, ne sera néanmoins pas facile. Car à Athènes, tout déraille ou presque dans la torpeur estivale.

Le produit intérieur brut, en 2012, devrait reculer de 6,9% au lieu des 4,3% anticipés. La Banque centrale européenne, sollicitée pour accepter des obligations grecques en échange de la mise à disposition de nouvelles liquidités pour les banques privées, a décliné. Ce qui va obliger ces dernières à solliciter sans doute une nouvelle aide d’urgence. La solvabilité de tout le système reste enfin très fragile. Plus de 10 milliards d’euros auraient été retirés avant les élections et transférés à l’étranger. L’accord fiscal envisagé avec la Suisse pour taxer les avoirs grecs dans les banques helvétiques reste en panne sèche. «Plus personne ne paie, juge un haut responsable grec. Les entreprises ne paient plus leurs employés, les salariés ne paient pas leurs impôts, l’Etat n’assure plus ses prestations sociales…»

S’y ajoute la défiance politique. Le nouveau gouvernement de coalition droite-centre gauche n’a toujours pas confirmé le départ prévu de 150 000 fonctionnaires, et Yannis Stournaras doit présenter à la «troïka» un plan de 7,5 milliards d’économies en 2013-2014, contre 11,5 requis par le mémorandum du second plan de sauvetage, signé en mars. L’hypothèse qui circule de plus en plus est qu’Athènes va demander deux années supplémentaires à l’UE pour atteindre les objectifs. Problème: tout nouveau délai réalimentera les rumeurs sur une sortie de la monnaie unique.

L’autre épine est l’autorité indépendante chargée des privatisations, le Hellenic Asset development Fund crée en juillet 2011. Son directeur général, Costas Mitropoulos, qui se disait en avril dans Le Temps persuadé de trouver des acquéreurs pour les ports, les terrains et les sociétés publiques mises en vente ou concessionnées (gaz, mines, ancien aéroport d’Hellenikon à Athènes), vient de démissionner avec fracas. Motif: trop d’interférence politique. «Toute la crédibilité de ce fonds – supposé rapporter au moins une vingtaine de milliards d’ici à 2019, dont 3 milliards en 2012 – repose sur son indépendance, explique une source grecque bien placée. Or les nouvelles autorités, poussées par les syndicats, veulent contrôler les ventes et trier les acheteurs.»

Cette épine des privatisations fait d’autant plus mal qu’il s’agissait, pour la zone euro, d’un programme clé. Deux experts européens siégeaient jusque-là à son conseil d’administration, mais sans droit de vote. «Ils étaient furieux du départ de Mitropoulos, poursuit notre source. La crainte est que tout le processus se lézarde.» La «troïka» pourrait donc exiger un droit de regard sur son remplacement: «Si les Européens cèdent, ce sera un signal exécrable», complète-t-elle. D’où la peur d’un choc brutal au retour des vacances. «L’été grec est trompeur, estime Christos Kontas, porte-parole de l’autorité des privatisations. Dès septembre, tout peut s’enrayer.»

Un premier test sera donné, le 20 août, par l’arrivée à maturité de 3,1 milliards d’euros d’obligations, que l’Etat grec ne peut pas rembourser. Le second test sera la décision prise par la zone euro, sur la base du rapport de la «troïka», sur le déblocage des 44 milliards d’euros dont le pays a besoin d’ici à la fin 2012.

«Les salariés ne sont plus payés, les impôts ne sont plus payés, l’Etat n’assure plus les prestations sociales»