Herman Van Rompuy va devoir mettre les bouchées doubles. Chargé par les Chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE de leur proposer, d’ici leur prochain sommet les 16 et 17 décembre, les modalités d’une révision à minima du Traité de Lisbonne pour créer un Fonds d’aide permanent, le président du Conseil Européen se trouve rattrapé par la crise Irlandaise.

Attendu ce mercredi au parlement européen, en session plénière à Strasbourg, l’ex premier ministre Belge devra déjà esquisser des pistes et un calendrier. « Le parapluie déployé pour l’Irlande montre qu’il est d’autant plus important d’entamer les négociations sur un mécanisme permanent » a averti lundi à Bruxelles le secrétaire d’Etat allemand Werner Hoyer, en marge du Conseil des ministres des Affaires étrangères.

Herman Van Rompuy ne sera d’ailleurs pas à débattre, à Strasbourg, avec les eurodéputés. A partir de ce mardi soir, le président de la Banque centrale Européenne Jean Claude Trichet, le président de la Commission José-Manuel Barroso et le Commissaire chargé des affaires économiques Olli Rehn participeront à une séance sur la « gouvernance économique ».

Ils pourraient être rejoints par le ministre des finances Irlandais Brian Lenihan. La Commission devra notamment donner au parlement des détails sur le plan de sauvetage de 80-90 milliards d’euros concocté à Dublin par ses experts et ceux du Fonds Monétaire International. La première tranche de crédits devrait être en effet puisée dans le mécanisme communautaire d’aide à la balance des paiements doté de 60 milliards d’euros. Une somme gérée par la Commission, mais sur l’utilisation de laquelle le parlement a un droit de regard.

Parallèlement, les réunions vont se multiplier à Bruxelles et Luxembourg. Coté Bruxellois, l’agenda est politique. Une réunion extraordinaire des ministres des finances de l’UE pourrait avoir lieu dimanche, avant leur Conseil formel du 7 décembre. Elle servirait à la fois à valider l’architecture finale du plan, à confirmer la création prochaine d’un mécanisme permanent, et à enclencher le recours au mécanisme de stabilisation basé à Luxembourg. Celui-ci, capable d’emprunter à hauteur de 440 milliards d’euros doit être mis en œuvre par un vote unanime de ses actionnaires qui apportent leurs garanties, soit les seize pays de l’eurogroupe plus la Suède et la Pologne. Son directeur, l’Allemand Klaus Regling, veillera de son coté au Grand Duché à tous les préparatifs techniques car il s’agira du premier emprunt de ce Fonds, pour l’heure, toujours crédité d’une note triple A.

Dernier volet de la manœuvre: les consultations avec Londres et Francfort. Le gouvernement britannique, qui a pourtant rejeté lors de sa création toute participation au Fonds de stabilisation, veut aider l’Irlande où ses banques sont très exposées. La Banque Centrale Européenne, de son coté, joue les chefs d’orchestre. Après avoir poussé pour un tel plan, la BCE doit maintenant garantir sa réussite.