Migration

Les sauveteurs de l’Aquarius reprennent du service

L’Ocean Viking devrait reprendre les missions de sauvetage du navire humanitaire orange dans deux semaines. Alors que le contexte s’est tendu en Italie et en Libye, le bateau battra pavillon norvégien, un pays plus résistant aux pressions, souligne l’ONG qui le co-affrète, SOS Méditerranée

Il aura fallu dix mois. Après avoir été bloquées à quai puis contraintes de stopper leurs activités, les équipes des deux ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, qui affrétaient conjointement le navire humanitaire Aquarius, repartent en mer. Elles le feront à bord d’une nouvelle embarcation, l’Ocean Viking, qui a été spécialement équipée pour le sauvetage en haute mer.

Notre grand format sur l’Aquarius Piège en haute mer

Le navire a quitté jeudi le chantier naval de Szczecin (Pologne) pour rejoindre son port d’attache à Marseille. Il devrait reprendre les missions de sauvetage de migrants au large de la Libye dans deux semaines, a indiqué dimanche au Temps Caroline Abu Sa’Da. La directrice de la branche helvétique de SOS Méditerranée évoque un «mélange de soulagement et de frustration» alors que «les autorités européennes n’ont toujours pas pris leurs responsabilités en s’accordant sur un mécanisme de répartition des migrants secourus en mer».

Sans clé de répartition

Chaque jour en 2019, deux personnes en moyenne ont perdu la vie en Méditerranée. Depuis la mise à quai de l’Aquarius en octobre dernier, la situation s’est encore tendue en Libye avec l’offensive du maréchal Haftar, accusé notamment d’avoir bombardé un centre de détention de migrants début juillet. Les tensions sont également vives en Italie avec l’arrestation fin juin de la capitaine du Sea-Watch 3, Carola Rackete, qui a, après deux semaines d’errance en mer, débarqué de force 40 personnes sur l’île de Lampedusa.

Un accord a été passé avec les autorités maritimes françaises pour le mouillage de l’Ocean Viking à Marseille, le «seul endroit où l’on ne risquait pas de se faire arrêter», concède Caroline Abu Sa’Da. Il ne porte toutefois pas sur l’arrivée d’éventuels migrants secourus, dont le sort sera fixé au cas par cas.

Notre éditorial fin 2018: Aquarius, un naufrage collectif

L’Ocean Viking, conçu originairement pour les sauvetages de masse en mer du Nord, est équipé de quatre zodiacs, d’une clinique et de conteneurs aménagés pour abriter et soigner les rescapés. De quoi «tenir en mer pendant plusieurs semaines», précise-t-on du côté de l’ONG.

Un pavillon pour «tenir en mer»

Au large des côtes libyennes, le navire battra pavillon norvégien. Un pays avec «une vraie tradition maritime, une flotte conséquente et pour qui le sauvetage en mer signifie encore quelque chose», souligne Caroline Abu Sa’Da. Rappelons que sous la pression internationale, Gibraltar puis Panama avaient retiré leur «immatriculation» à l’Aquarius, en invoquant le «non-respect» de «procédures juridiques internationales». Quant au Conseil fédéral, il avait décliné, en décembre, la possibilité d’octroyer le pavillon suisse au navire humanitaire.

Lire aussi: L’Aquarius ne battra pas pavillon suisse

En Norvège, des rencontres au plus haut niveau ont eu lieu avec les deux ONG, qui se sont engagées à continuer à respecter le droit maritime international, dont le devoir d’assistance et ses procédures. Afin d’assurer une présence continue en Méditerranée centrale, l’équipage de l’Ocean Viking tentera de se coordonner avec les navires humanitaires Open Arms et Sea-Eye ainsi que l’ONG Pilotes volontaires, qui surveille la zone à l’aide de son Colibri.

Lire le portrait du cofondateur Le pilote humanitaire qui apporte sa goutte d’eau à l’océan

Une gageure alors que les coûts de fonctionnement de l’Ocean Viking se montent à 15 000 francs par jour. Soit 3000 francs de plus que pour l’Aquarius, qui a secouru près de 30 000 personnes entre 2016 et 2018. Dimanche, SOS Méditerranée a lancé sa campagne de mobilisation citoyenne #BackAtSea. «Nous avons réussi à reprendre la mer, plaide Julie Melichar, porte-parole de SOS Méditerranée. Mais nous avons encore besoin d’aide pour pouvoir y rester.»

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