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Tout savoir sur l’éthique des T-shirt en coton

La start-up FairTrace émane de la PME Importexa à Lutry. Elle a conçu un logiciel de traçabilité des T-shirt. Le consommateur pourra ces prochains mois remonter toute la chaîne de production. Le secteur de l’agroalimentaire est aussi visé.

Des habits de travail multicolores sont exposés en sous-sol, dans le «showroom» de l’entreprise Importexa à Lutry (VD). Sur une table, plusieurs articles de presse alarmants ont été découpés. «Les vêtements de sport renferment trop de produits chimiques dangereux pour la santé et l’environnement», peut-on lire dans un rapport de Greenpeace, datant de l’année passée. Selon les analyses de deux laboratoires indépendants allemands, plusieurs habits de marque contiendraient des produits toxiques. En novembre dernier, la même ONG dévoilait la présence de substances chimiques, avec des propriétés cancérigènes et perturbatrices du système endocrinien, sur des vêtements du leader mondial du prêt-à-porter, Zara. Un autre article mentionne les révélations de la Déclaration de Berne, constatant que la plupart des tenues portées par les employés suisses est fabriquée en République de Macédoine, pays où les couturières ne gagnent que 122 francs par mois, alors qu’il en faudrait 600 pour vivre dignement.

Ces différentes affaires représentent une opportunité importante pour FairTrace, une spin-off du fabricant de textile Importexa. «Aujourd’hui, beaucoup de consommateurs veulent connaître l’origine des produits et acheter de manière responsable», ­estime Bertrand Baeriswyl, directeur de FairTrace et collaborateur d’Importexa. De plus en plus de sociétés sont également inquiètes des dérives potentielles de leurs sous-traitants.

Basée au TechnoArk de Sierre, FairTrace – une société valaisanne en cours de création – a désormais finalisé son logiciel de traçabilité. Le consommateur devrait pouvoir, ces prochains mois, avec son téléphone portable, remonter toute la chaîne de production d’un t-shirt en coton. «Avant de passer à la caisse, il saura s’il contient une substance chimique ou s’il a été fabriqué dans des conditions éthiques», explique Bertrand Baeriswyl.

Développé depuis 2009 par l’Institut informatique de gestion de la HES-SO Valais et l’Institut Icare, le logiciel est basé sur les technologies du Web sémantique. Concrètement, le consommateur final devra utiliser son smartphone et photographier un pictogramme, appelé QR Code. Il obtiendra des informations sur l’ensemble des sous-traitants, et pourra suivre un produit à chaque étape de production et de transformation, depuis la matière première jusqu’au produit fini. Il saura qui a récolté le coton – photos et certificats à l’appui – qui l’a filé, qui l’a tissé, d’où vient le teinturier et quels produits chimiques ont été utilisés. «En fonction des normes européennes Reach, si une substance n’est pas conforme, elle s’affichera automatiquement en rouge», explique Bertrand ­Baeriswyl.

Par le biais d’une application téléchargée sur son smartphone, le fournisseur introduira toutes les informations nécessaires. Une auditrice sociale indépendante, Doris Gerber – celle qui a créé la filière du t-shirt Max Havelaar avec Paola Ghillani – se déplace régulièrement en Inde, chez les sous-traitants, afin de former le personnel à la collecte des données. Comment prouver leur honnêteté? «Il y aura toujours des tricheurs, admet Bertrand Baeriswyl. Mais notre outil permet au moins d’en fournir des preuves lorsque des contrôles seront réalisés.»

Bénéficiant d’une aide de la Confédération, au travers d’un projet CTI, le logiciel cherche désormais une clientèle. Lors d’appels d’offres de l’armée suisse, des transports publics genevois ou des collectivités publiques, Importexa propose des collections contenant cette solution de traçabilité, afin de se démarquer de la concurrence. «En tant que fournisseur de produits textiles pour de nombreuses entreprises, nous nous devions de garantir la provenance de notre assortiment à nos clients», mentionne Philippe Cloux, directeur général d’Importexa et initiateur de projet FairTrace.

La start-up en création espère convaincre d’autres marques et distributeurs de textiles. «Nous prévoyons la signature de deux contrats en 2013», précise Bertrand Baeriswyl, qui vise également le secteur de l’agroalimentaire, plus particulièrement les fromages, le vin, le café et le cacao. «A terme, nous espérons réaliser un chiffre d’affaires compris entre 300 000 et 400 000 francs.»

La société Switcher propose, depuis plusieurs années, de connaître la traçabilité de ses vêtements, par le biais du support Respectcode.org. En relevant le code inscrit sur l’étiquette d’un article et en l’introduisant sur un site web, toutes sortes d’informations sont données au consommateur.

D’autres concurrents existent en Suisse romande, à l’exemple de Tag-N-Trace ou Solid, deux entreprises basées à Genève. «Notre procédé a l’avantage de donner des informations simplement et rapidement», estime pour sa part Bertrand Baeriswyl.

«Avant de passer à la caisse, le client saura si un t-shirt contient une substance chimique»

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