De Genève à Schaffhouse en passant par la France voisine, les savoir-faire en mécanique horlogère et mécanique d’art marquent la vie quotidienne de l’Arc jurassien depuis le XVIIe siècle. Ils se traduisent aujourd’hui au travers de nombreux métiers liés à la création technique et artistique: polymécanicien, horloger, cadranier, automatier ou encore accordeur de boîtes à musique, parmi bien d’autres.

Afin de pérenniser ces savoir-faire, une cinquantaine de partenaires ont uni leurs forces dans une démarche franco-suisse visant à les faire inscrire sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco. Portée par l’Office fédéral de la culture (OFC), la candidature déposée en mars 2019 figure au programme de la 15e session du comité intergouvernemental ad hoc, qui se tient en ligne cette semaine. Elle devrait être traitée mercredi.

Ce projet rassemble aussi bien des institutions de formation que des musées, des associations professionnelles, des fondations ou des organismes publics. «Cette dynamique commune et transfrontalière, entre des acteurs qui ne travaillent pas forcément ensemble au quotidien, est en elle-même un élément essentiel et très positif», relève Julien Vuilleumier, responsable du dossier auprès de l’OFC.

Si la démarche comporte une dimension économique, elle vise avant tout une reconnaissance culturelle. «Il peut y avoir des retombées touristiques, poursuit Julien Vuilleumier, mais l’objectif principal est de valoriser des compétences dans la durée, avec un regard tourné vers l’avenir.» Cela doit se traduire par une série de mesures s’articulant autour de trois axes principaux.

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Documenter, former et valoriser

Le premier concerne la documentation et se traduira par un travail d’actualisation des matériaux existants (fiches, films, sites internet) aujourd’hui fragmentés entre une multitude d’institutions et de fondations de l’Arc jurassien franco-suisse. Le Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds et le Musée du temps de Besançon étudieront notamment la possibilité de créer un portail numérique qui permettrait de faciliter l’accès à ces ressources pour les professionnels et les élèves.

La formation est au cœur du deuxième axe. Son offre doit être renforcée et mieux promue pour garantir la transmission des savoir-faire. Cela se fera par la poursuite du projet pilote Formation en mécanique d’art (FEMA) mis sur pied en 2018 par le Centre professionnel du Nord vaudois en collaboration avec des artisans, avec pour but de proposer à terme une formation de 2e cycle, de type brevet fédéral. Le dossier de candidature précise que «cette offre est d’autant plus importante que le savoir-faire n’est aujourd’hui détenu que par quelques personnes».

Cette transmission passera également par la généralisation de pièces-écoles – la fabrication par les apprentis de montres complètes ou d’autres objets mécaniques durant leur cursus –, des stages ou encore l’organisation d’une conférence annuelle ou bisannuelle portant sur l’adéquation entre programmes de formation et attentes des praticiens, mais aussi sur les possibilités d’insertion professionnelle et de soutiens financiers aux formations.

Le troisième axe portera sur la valorisation des savoir-faire auprès du grand public. Cette tâche essentiellement assumée par les musées sera poursuivie et enrichie. L’inscription au patrimoine immatériel de l’Unesco doit notamment permettre la réactivation et le développement de dispositifs transfrontaliers de valorisation touristique.

Parmi les pistes envisagées, on peut citer la reconstitution d’un atelier de démonstration au sein du Centre international de mécanique d’art, à Sainte-Croix, ou le développement d’un agenda commun d’événements à l’échelle de l’Arc jurassien. A ce titre, rappelons que la Biennale du patrimoine horloger organisée par les villes de La Chaux-de-Fonds et du Locle s’est récemment unie avec les Journées du marketing horloger.

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Soutien franco-suisse

Pour mener à bien ces projets, les parties concernées pourront compter sur le soutien des autorités franco-suisses. Cela devrait passer par la création d’un forum transfrontalier et intersectoriel chargé d’assurer le suivi du dossier, ainsi que par des mesures ciblées pour chacun des trois axes de sauvegarde définis dans la candidature.


Image renforcée à tous les niveaux

La Chaux-de-Fonds et Le Locle ont vu leur image s’améliorer depuis l’entrée de l’urbanisme horloger au patrimoine mondial de l’Unesco en 2009.

La candidature des savoir-faire en mécanique horlogère et en mécanique d’art au patrimoine immatériel de l’Unesco fait écho à l’entrée en 2009 de l’urbanisme horloger des villes de La Chaux-de-Fonds et du Locle dans le Patrimoine mondial de l’organisation.

Onze ans plus tard, Denis Clerc, président de la fondation en faveur de la mise en valeur des deux villes, tire un bilan très positif de cette inscription. «Cela a beaucoup changé la manière dont La Chaux-de-Fonds et Le Locle sont perçus de l’extérieur, mais aussi par leurs habitants, qui en sont aujourd’hui plus fiers.»

Depuis 2009, il n’a toutefois pas constaté d’afflux massifs de touristes: «Nous avons tout de même un peu plus de visiteurs, principalement romands et alémaniques.» L’inscription des savoir-faire à l’Unesco permettra selon lui de renforcer encore l’image de l’Arc jurassien comme berceau de l’horlogerie, tout en unissant les acteurs de la branche autour d’un projet commun. A. St.